ANKH: Egyptologie et Civilisations Africaines
 Egyptologie, histoire de l'Afrique et sciences exactes
 Egyptology, Africa History and Sciences
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LA NUBIE ET L'EGYPTE ANCIENNES

DANS LEUR CONTEXTE NATUREL NEGRO-AFRICAIN

 

Les directions de recherches tracées, explorées, défrichées par Cheikh Anta DIOP dans Nations nègres et Culture ainsi que dans ses écrits postérieurs sont nombreuses : l'origine africaine de l'humanité, l'étendue du substratum nègre de l'humanité en dehors du continent africain, l'origine noire de la civilisation égypto-nubienne, l'antériorité de la Nubie sur l'Égypte, l'origine du monde sémitique, l'identification des grands courants migratoires et la formation des ethnies africaines, la parenté linguistique entre l'Égypte et l'Afrique noire, l'ancienneté de l'âge du fer en Afrique, l'apport de la pensée africaine à la civilisation occidentale dans les domaines des sciences, des arts et des lettres, la formation des États africains après le déclin de l'Égypte, et la continuité du lien historico-culturel jusqu'à l'aube des temps modernes, le développement des langues africaines, etc.

S'agissant de l'étude de l'Egypte pharaonique et de son appartenance à l'univers négro-africain, il écrit :

"Partant de l'idée que l'Égypte ancienne fait partie de l'univers nègre, il fallait la vérifier dans tous Ies domaines possibles, racial ou anthropologique, linguistique, sociologique, philosophique, historique, etc. Si l'idée de départ est exacte, l'étude de chacun de ces différents domaines doit conduire à la sphère correspondante de l'univers nègre africain. L'ensemble de ces conclusions formera un faisceau de faits concordants qui éliminent le cas fortuit. C'est en cela que réside la preuve de notre hypothèse de départ. Une méthode différente n'aurait conduit qu'à une vérification partielle qui ne prouverait rien. Il fallait être exhaustif" (Cheikh Anta DIOP, Antériorité des civilisations nègres – mythe ou vérité historique ?, Paris, Présence Africaine, 1967, p. 275).

L'approche pluridisciplinaire constitue l'une des caractéristiques de la méthode de recherche  de Cheikh Anta DIOP qui, recourt, chaque fois que cela est possible, aux sciences exactes (méthodes de datations, analyses chimiques, etc.) pour contribuer à répondre aux multiples interrogations de l'histoire, plutôt que de s'épuiser en vaines polémiques.

Le colloque d'égyptologie du Caire, organisé par l'UNESCO en 1974, marque une étape capitale dans l'historiographie africaine, c'est-à-dire dans le travail d'écriture de l'histoire africaine. Pour la première fois des experts africains ont confronté, dans le domaine de l'égyptologie, les résultats de leurs recherches avec ceux de leurs homologues des autres pays, sous l'égide de l'UNESCO.

Les participants ont été frappés par la méthodologie de recherche pluridisciplinaire introduite par Cheikh Anta Diop et Théophile Obenga dans le domaine de l'égyptologie. Les recommandations du colloque reflètent la solidité de l'argumentation présentée par les deux Africains au cours des exposés et des débats et traduisent l'avancée scientifique décisive qui en découle. Il a été clairement reconnu que pour la langue et sur le plan culturel en général, l'Egypte pharaonique appartient à l'univers négro-africain. En particulier, l'égyptologue Serge Sauneron (décédé accidentellement quelques années après le colloque du Caire), spécialiste de la langue égyptienne, grammairien, initiateur de la réédition de l'imposant Catalogue de la fonte hiéroglyphique de l'imprimerie de l'Institut Français d'Archéologie Orientale (IFAO), reconnaît que l'égyptien ancien n'est pas apparenté aux langues sémitiques. Il souligne, se ralliant à leur méthode de recherche, tout l'intérêt des travaux de comparaison linguistique présentés par Théophile Obenga et Cheikh Anta Diop.La légitimité scientifique de rechercher systématiquement les liens, quels qu'ils soient, entre l'Egypte ancienne et le reste de l'Afrique noire a été acquise au plan international.Le fait que l'Egypte ancienne soit traitée dans le cadre de l'Histoire générale de l'Afrique et la rédaction par Cheikh Anta Diop dans le Volume II du chapitre I intitulé "L'origine des anciens Egyptiens", constituent deux exemples des retombées directes du colloque d'égyptologie du Caire.

 

                                                    

Actes du colloque d'égyptologie du Caire publiés par l'UNESCO - Volume II de l'Histoire Générale de l'Afrique

 

Il ne saurait être question d'exposer, ici, toute l'argumentation technique multidisciplinaire développée par Cheikh Anta Diop et Théophile Obenga pour démontrer que l'Egypte pharaonique est négro-africaine tant sur le plan culturel que sur le plan ethnique. Il convient simplement de rappeler, très succinctement, avec quelques exemples illustratifs, la nature de cette argumentation déclinée, ici, selon quatre registres : culturel, sociologique, anthropologique et historique.

. A. Les arguments d'ordre culturel, incluent la culture matérielle et résultent des études comparatives entre l'Egypte ancienne et l'Afrique subsaharienne en particulier dans les domaines de :

 

.A.1. La linguistique où sont comparées les langues négro-africaines modernes et la langue égyptienne (pharaonique et copte) :

au plan de la grammaire (morphologie et syntaxe) :

. Exemples de la conjugaison en égyptien ancien, en copte et en walaf (ou wolof une des langues du Sénégal)

[C. A. Diop, Parenté génétique de l'égyptien pharaonique et des langues négo-africaines , Dakar-Abidjan, IFAN/NEA, 1977, p.34] :

 . Exemples de syntagmes :

Exemple 1 [C. A. Diop, Parenté génétique de l'égyptien pharaonique et des langues négo-africaines , Dakar-Abidjan, IFAN/NEA, 1977, p.] :

 

 

 

Rappel :

--> Le valaf ou walaf ou wolof : langue du Sénégal.

--> Le duala : langue du Cameroun

 

- du vocabulaire (lexicologie),

 

    . Exemple du mot "nom" :

 

 

- des correspondances phonétiques.

 

Exemples : correspondances     p (égyptien ancien) ---> b walaf (wolof)

                                               t (égyptien ancien) ---> t walaf (wolof)

 

Autres exemples de correspondances phonétiques entre l'égyptien ancien et le walaf (wolof) :

 

 

. A.2. L'architecture qui s'intéresse aux monuments érigés dans l'ancienne Egypte, en Nubie, en l'Ethiopie, au Mali, au Zimbabwe, ...

 

                                                                                      

                      Pyramide à degré de Meïdoum - Egypte                                                                    Tombeau de Askia, Mali

. A.3. L'artisanat qui offre au chercheur de multiples objets de la vie quotidienne : appuis-têtes, peignes, vêtements tissés, sandales, balais, calebasses décorées, ...

 

 

                           

Egypte : récipient 4ème millénaire avant J.-C. (période de nagada)           Calebasse : Afrique subsaharienne actuelle

 

 

             

Appuis-têtes : Egypte à gauche, Mali à droite. Voir en particulier Aboubacry Moussa LAM

 

.A.4.  Les sceptres et les bâtons, in ANKH, n°3, juin 1994, pp.115-131.

 

.A.5.  Les coiffures, in ANKH, n°4/5, 1995-1996, pp.122-137.

   

      Le pharaon Iuput II (vers 754 - 720 av. J.-C.)                                                                           Coiffe d'un pharaon VII-VIème siècle av. J.-C.

 

                                                                    

                                                   Ramsès II (1279-1212 av. J.-C.)                                                                                                                 Un Tutsi

 

Les ronds figurant sur les coiffes royales (khepresh) pharaoniques sont la stylisation des cheveux crépus.

 

L'usage des tresses est trait typique de la culture africaine de l'antiquité à nos jours :

          

 

Tresses en Egypte ancienne et en Afrique contemporaine. A gauche la statue de la reine Ahmès Néfertari, à droite femme égyptienne au Nouvel Empire       

 

 

                                             

 

(a)                                                                                               (b)

(a) Peigne en ivoire de l’Horus Djet, Egypte, 1ère dynastie, vers 3200 avant notre ère, provenant de la nécropole royale d’Abydos. Musée égyptien du Caire.

(b) Peigne (cisakulu), bois, h. 17,5 cm. Peuple Chokwe ou Lunda, République démocratique du Congo. Source : Roy Sieber, Out of Africa : Sub-Saharan Traditional Arts, Dayton, Ohio, The Dayton Art Institute, USA. Collection Irvin G. Bieser, Jr.

.A.6. Les instruments de musique, telles les harpes que l'on retrouve en Egypte et en Afrique centrale.

 

 

 

  

            Instruments de musique en Egypte ancienne. Sur la droite, une harpe.                                                              Harpe d'Afrique centrale (Gabon) 

.

 

 

A.7. La technologie illustrée par les techniques métallurgiques qui permettent de recueillir et fondre les métaux afin de fabriquer des outils et objets divers. Les outils eux-mêmes, comme la houe, sont aussi étudiés (conception, type d'utilisation, sens symbolique associé, termes les désignant) comparativement dans la Vallée du Nil et en Afrique de l'Ouest.

 

            

                                  Houes égyptiennes (mr)                                                                                Houes d'Afrique occidentale

 

 

.A.7. L'écriture. l'Afrique noire contemporaine a conservé des systèmes d'écritures de type hiéroglyphique : écritures Vaï, Bamoun, Nsibidi, etc., qui sont rapprochés de l'écriture hiéroglyphique égyptienne.

 

Exemples d'écritures africaines autres que l'écriture égyptienne et le méroïtique : écritures Vaï, Bamoun, Nsibidi,

(cf. C.A. Diop, L'Afrique noire précoloniale, Paris, Présence Africaine, 1960.)

.A.8. L'art où sont appréhendées à la fois les sculptures des artistes de l'Egypte pharaonique, du Bénin, du Nigéria, du pays Massaï, du Zimbabwe ...

 

L'artiste noir africain, depuis la préhistoire (examiner, en particulier, les peintures rupestres du Sahara et d'Afrique australe) jusqu'à nos jours, utilise les couleurs noire, brune, rouge sombre, ocre et jaune pour représenter les individus de sa communauté. Les quelques références qui suivent permettent de comparer, en particulier, la peinture égyptienne avec celle du reste du continent :

 

 

(Cf. Richard E. LEAKEY, La naissance de l'homme, Paris, Éditions du Fanal, 1981, p. 164 ; Henri LHOTE, A la découverte des fresques du Tassili, Paris, Arthaud, 1958 ; Henri LHOTE, Vers d'autres Tassilis – Nouvelles découvertes au Sahara, Paris, Arthaud, 1976 ; Michel LEIRIS, Jacqueline DELANGE, Afrique noire – La création plastique, Paris, Gallimard, Coll. L'Univers des Formes, 1967, pp. 254-268 ; Jean LECLANT (sous la direction de), Le temps des Pyramides – De la Préhistoire aux Hyksos (1560 av. J. C.), Paris, Gallimard, Coll. L'Univers des Formes, 1978, pp. 204-217, 291 ; La peinture égyptienne, Paris, Skira/Flammarion, 1978 ; Fresques des races humaines du Tombeau de Ramsès III, 12è siècle av. J.C. : voir la planche n° 48 (Ergänzungsband) du Denkmäler aus Aegypten und Aethiopien de K. R. LEPSIUS, reproduite en couverture de la troisième édition de Nations nègres et Culture de Cheikh Anta DIOP, et Ferran INIESTA, Antiguo Egipto – La nación negra, Barcelona, Sendaï, 1989, planches X et XI ; Cheikh Anta DIOP, Antériorité des civilisations nègres – mythe ou vérité historique ?, op. cit., 1967, planches I à LXVIII ; Paula BEN-AMOS, L'art du Bénin, Paris, Rive Gauche Production, 1979, p. 48 ; Emmanuel ANATI, Les origines de l'Art et la formation de l'esprit humain, Paris, préface de Yves COPPENS, traduit de l'italien par Diane MÉNART, Albin Michel, 1989 ; Timothy KENDALL, Kingdom of Kush, in National Geographic, "Into the tombs of Kings and Queens", pp. 112-113 ; Henri de SAINT-BLANQUAT, "Les Bushmen racontent l'art de leurs ancêtres", in Sciences & Avenir, n° 531, mai 1991, pp. 95-99 ; Set setal – Des murs qui parlent – Une nouvelle culture urbaine à Dakar, Dakar, ENDA, 1991).

. etc.

 

.B. Les arguments d'ordre sociologique mettent en évidence des traits communs aux sociétés de l'Egypte ancienne et de l'Afrique subsaharienne. Elles concernent en particulier :

.

B.1. Le matriarcat qui caractérise une société organisée autour de la femme  (cf. ANKH n°4/5 et ANKH n°14/15).

 

                                     

 

Nebsen et Nebet Égypte pharaonique, XVIIIe dynastie, 1370 av. J.-C. Brooklyn Museum.                    Couple, Congo/Gabon, Musée Dapper, Paris.

 

 

B.2. Le totémisme qui associe de manière complexe un animal donné (par exemple le faucon, la grue couronnée, le crocodile, le chat, ...) à un individu ou un groupe d'individus et qui donne lieu à un culte.

                              

  

Palette et repésentation de la tête de massue du pharaon Narmer (vers 3200 av. J.-C.)

 

                                                                                

Emblèmes totemiques au Nigéria

 

.B.3. La religion qui fait apparaître, par exemple, une réplique du panthéon égypto-nubien au Bénin, Togo et Nigéria chez les peuples Fon, Ewé et Yoruba.

 

 

                                            

                    Pectoreaux à têtes de Bélier : Nigéria et Egypte ancienne (en haut à droite)                                       Zimbabwe : faucon et crocodile

 

 

                                                                                       

 

Néfret épouse du pharaon Sésostris II, Egypte Moyen Empire, vers 1890 av. J.C.       Masque, Nigéria, Smithsonian Institution - National Museum of African  

                                                                                                                                                                Art, Washington.

 

 

 

 

.B. 4.  La philosophie

 

.B.5. L'ethnonymie, c'est-à-dire l'étude des noms de groupes humains de l'Afrique actuelle qui conservent encore de nombreux noms attestés en Egypte ancienne : Atoum, Antef, Sek, Meri, Kara, Bara, Bari, Raka, Sen Sar, Kaba, Keti, Amenti, Kamara, Konare, Sankale, Sangare, Sankare, etc.

 

En 1984, L'UNESCO publie dans le cadre de la rédaction de l'Histoire générale de l'Afrique dans la collection associée, Études et Documents (n° 6, 1984) tout un ouvrage consacré à cette question : Ethnonymes et toponymes africains. Signalons aussi l'étude "Quelques remarques sur les noms de personnes dans l'Égypte pharaonique" (in Annales de la Faculté des Lettres et Sciences Humaines, n°13, Université de Dakar, 1983, pp. 141-153) de A. M. LAM ainsi que la thèse de doctorat d'État du même auteur : L'origine des Fulbe et des Haal-pulaar-en – Approche égyptologique (Université Cheikh Anta DIOP de Dakar, 1989, 2 volumes) publiée en co-édition Présence Africaine/Khepera, sous le titre : De l'origine égyptienne des Peuls (1993). A.M. LAM approfondit l'étude des relations entre l'Egypte ancienne et le reste de l'Afrique noire dans son livre intitulé Les Chemins du Nil, paru en 1997 (co-édition Présence Africaine/Khepera). Voir également le receuil d'articles : Le Sahara ou la Vallée du Nil ? Aperçu sur la problématique du berceau de l'unité culturelle de l'Afrique noire, de Aboubacry Moussa LAM, Dakar, IFAN-Publifan/Khepera, 1994.

 

Exemple : Le pharaon Montouhotep III, 2010-1998 av. notre ère. Son nom de couronnement est Sankhkara comme l'indique le premier cartouche ci-dessous :

       

 

.B.6. La royauté et ses attributs comme l'uraeus figurant respectivement sur les coiffes royales de Pharaon et de l'Oni d'Ifé.                     

                                   

                        Le pharaon Aménophis III                                                                                                                     L'Oni d'Ife

 

B.7. Le système de transmission du savoir qui présente dans l'ancienne Egypte et en Afrique sahélienne une caractéristique essentielle commune : le transfert de connaissance initiatique.  

                                 

. etc.

 

C. Les arguments d'ordre anthropologique relèvent aussi de domaines variés :

 

C.1. L'étude des textes égyptiens hiéroglyphiques fournit les termes par lesquels les habitants de l'ancienne Egypte se désignaient eux-mêmes comme Nègres.

 

 

C.2. L'étude des textes des historiens et philosophes grecs et latins permet de relever de nombreux témoignages sur le phénotype des anciens Egyptiens. Par exemple Hérodote (480 ? - 425 avant J.-C.), surnommé le "Père de l'Histoire", grand voyageur et témoin oculaire écrit :

 

"Manifestement, en effet, les Colchidiens sont de race égyptienne ; mais des Egyptiens me dirent qu'à leur avis les Colchidiens descendaient des soldats de Sésostris. Je l'avais conjecturé moi-même d'après deux indices : d'abord parce qu'ils ont la peau noire et les cheveux crépus (à vrai dire, cela ne prouve rien, car d'autres peuples encore sont dans ce cas), ensuite et avec plus d'autorité, pour la raison que, seuls parmi les hommes, les Colchidiens, les Egyptiens et les Ethiopiens pratiquent la circoncision depuis l'origine."

 

Extrait du texte grec d'Hérodote, Livre II, Euterpe §104

 

Le type physique nègre des anciens Egyptiens était un fait d'évidence dans l'Antiquité : HÉRODOTE (Livre II), ARISTOTE (Physionomie. 6), LUCIEN (Navigation, § 2 et 3), APOLLODORE (Livre II, "La famille d'Inacus", § 3 et 4), ESCHYLE (Les Suppliantes, vers 719 à 720, vers 745), STRABON (Géographie, Livre I, chapitre 3, §10), DIODORE de SICILE (Histoire universelle, Livre III), DIOGENE LAËRCE (Livre VII, 1), AMMIEN MARCELLIN (XXII, §8, 24), THÉODECTE et ONESICRITE cités par STRABON (Livre XV, chapitres I et IX).

 

C.3. L'étude de la Bible, des traditions juive et musulmane qui conservent la mémoire de la descendance de Cham, ancêtre biblique des Noirs : en particulier Kush (Kouch) et Misraïm (L'Egypte).

 

C.4. L'iconographie (sculptures et peintures)

                                                              

Le pharaon Khéops (vers -2550) IVe dynastie   Le pharaon Pepi Ier (vers -2290) VIe dynastie          Le pharaon Mentouhotep Ier (vers -2100 ) XIe dynastie

  

                                

                             La reine Ahmès-Nefertari                                      Le pharaon Amenhotep III                                                La reine Tiyi   

                                (XVIIIe dynastie)                                                          (XVIIIe dynastie)                                                      (XVIIIe dynastie)

 

 

Représentation des peuples dans le tombeau de RAMSES III. Les graphies hiéroglyphiques désignant les différents peuples ont été reproduites par

l'égyptologue allemand Lepsius (sur la reproduction du dessous). Les graphies indiquent que l'égyptien est le premier personnage (à partir de la gauche),

le second est un européen, le troisième un nubien et le quatrième un sémite.

 

 

                               

Le dieu Osiris (Livre des Morts, Papyrus Nebqed, vers 1400-1350 av. J.-C., Musée du Louvre)    Le dieu Amon (Deir-el-Bahari, XVIIIe dynastie, Musée de Louxor)

 

 

                                        

      Buste sculpté du pharaon Aménophis IV - Akhenaton (1350-1334 av. J.C.).                Buste anonyme, individu appartenant au « Group A » Nubie, vers 3500 av. J.-C.

 

 

 

L'art occidental fournit aussi des témoignages iconographiques multiples :

    

Hercule combattant Busiris et des prêtres égyptiens                                  Culte d'Isis (Herculanum, peinture murale, 1er siècle après Jésus-Christ

(Vase peint, Peintre de Pan, Athènes, cir. 460 av. Jésus-Christ)                (Musée National de Naples)

 

                                                                                                                   

Céramique romaine représentant Pharaon                                                                           Sarah est amenée à Pharaon et Pharaon rend

                                                                                                                                               Sarah à Abraham,Octateuque, XIème siècle

 

     

C.5. L'anthropologie physique et la biologie moléculaire, avec l'étude des mensurations ostéologiques des squelettes, l'étude des groupes sanguins et de la pigmentation de la peau des momies (la mélanine, corps chimique responsable de la couleur de la peau, se conserve dans le temps et elle ne doit pas être confondue avec les produits de momification comme le bitume), etc., révèlent la parenté des anciens Egyptiens avec les populations négro-africaines.

 

                                                                     

    

                                      Mélanine : molécule responsable de la pigmentation de la peau                                          Tête de la momie de Toutankhamon

 

Cf. Cheikh Anta DIOP, Pigmentation des anciens Égyptiens – Test par la mélanine, in Bulletin de l'IFAN, Tome XXXV, série B, n° 3, Dakar, 1973). Il y indique l'existence de plusieurs méthodes possibles de dosage de la mélanine. Il met en œuvre l'une d'entre elles (technique des coupes minces observées en lumière ultra-violette ou naturelle) pour étudier la pigmentation de la peau de quelques momies égyptiennes conservées au laboratoire d'anthropologie du Musée de l'Homme de Paris.

 

En février 1974, il présente les résultats de ses analyses au Colloque du Caire sur Le peuplement de l'Égypte ancienne et le déchiffrement de l'écriture méroïtique (cf. Histoire Générale de l'Afrique - Études et documents 1, UNESCO, Paris 1978, et Histoire Générale de l'Afrique, Tome II, Paris, Jeune Afrique/Stock/UNESCO, 1980).

 

Depuis une vingtaine d'années, des techniques de la biologie moléculaire, plus précisément celles mises en œuvre pour l'étude des gènes anciens ou archéogénétique (analyse de l'acide désoxyribonucléique (ADN), ...) ont été développées et sont appliquées à l'étude des momies égyptiennes (travaux de Svante PÄÄBO, Munich).

             

L'ADN : Crick et Watson caractérisent en 1953 la structure de l'ADN - ADN et chromosomes

 

Paradoxalement, peu de résultats issus de ces analyses biologiques sont publiés.

. etc.

.

D. Les arguments d'ordre historique qui fondent l'antériorité de la Haute Egypte par rapport à la Basse Egypte : l'origine de la civilisation égyptienne qui est à rechercher en Afrique, vers le Sud, et non vers le Nord dans les pays du Proche-Orient asiatique. Cette argumentation s'appuie sur :

D.1. L'étude des textes hiéroglyphiques égyptiens, qui montre par exemple que l'Egyptien s'orientait face au Sud, soit la direction de la terre d'origine de ses ancêtres qui avaient au fil du temps remonté le cours du Nil "divinisé". Et, en effet, pour l'Egyptien le soleil se levait sur sa gauche et se couchait sur sa droite.

D.2. La tradition historique que rapporte par exemple Diodore de Sicile (vers 90-20 av. J.C.) :

"les Ethiopiens disent que les Egyptiens sont une de leurs colonies qui fut menée en Egypte par Osiris. Ils prétendent même que ce pays n'était au commencement du monde qu'une mer, mais que le Nil entra"nant dans ses crues beaucoup de limon d'Ethiopie, l'avait enfin comblé et en avait fait une partie du continent"

 

D.3. La géophysique et les datations d'échantillons géologiques à l'aide de méthodes physico-chimiques comme celle du Carbone 14, peuvent permettre d'établir à quelle époque l'émergence du Delta du Nil s'est produite et de confirmer ou d'infirmer les informations recueillies à ce sujet par Hérodote et Diodore de Sicile auprès des Egyptiens et des Ethiopiens.

HÉRODOTE critiquait déjà l'opinion des Ioniens qui réduisaient l'Égypte au Delta :

 

"Si nous adoptions cette terminologie nous pourrions faire voir qu'autrefois les Égyptiens n'avaient point de pays. On sait en effet que leur Delta, ils le disent eux-mêmes, et c'est mon sentiment, est une terre d'alluvion, une terre, peut-on dire, nouvellement apparue. Jadis d'ailleurs, on appelait Égypte la Thébaïde, dont le pourtour est de six mille cent vingt stades" (HÉRODOTE, Livre II, 15).

 

Cheikh Anta DIOP, qui, sur la base des témoignagnes d'HOMÈRE, de SÉNÈQUE, d'AMMIEN MARCELLIN (XXII, 16) et d'HÉRODOTE, pense que la Haute-Égypte était antérieure au Delta, en appelle, en 1967, au verdict des sciences exactes en ces termes :

"Ajoutons seulement qu'aujourd'hui les méthodes physiques modernes de datation, appliquées à l'archéologie, permettraient de trancher la question. Des tests par le radiocarbone, pratiqués sur des carottes prélevées sur les emplacements respectifs de ces différentes villes permettraient de déterminer avec une certitude suffisante les dates d'émergence des terres qui supportent ces villes et d'une façon générale l'âge du Delta en tant que terre ferme habitable. Voilà un cas précis où la physique moderne aiderait l'archéologie à sortir du cercle vicieux de l'exégèse des textes" (Cheikh Anta DIOP, Antériorité des civilisations nègres - mythe ou vérité historique ?, op. cit., p. 12).

 

Ce vœu a été en quelque sorte exaucé avec l'étude des niveaux de la mer à partir de datations d'échantillons géologiques. Dans le chapitre 5, "Légendes, histoires, niveaux de la mer", du livre L'homme et le climat (Paris, Éditions Denoël, 1985) de Jacques LABEYRIE, ancien directeur du Centre des faibles radioactivités du CEA-CNRS, à Gif-sur-Yvette, indique que les résultats de ces datations établissent que le mouvement de la civilisation égyptienne du Sud vers le delta du Nil est corrélé à l'abaissement du niveau de la mer et recoupent parfaitement la tradition rapportée par les Anciens (la figure 1 est extraite de l'article de Jacques LABEYRIE : "Les méthodes de datation développées au CEA", in Revue Générale Nucléaire, RGN, n° 6, novembre-décembre 1989, p. 446).

D.4. L'archéologie avec les fouilles menées en Haute Egypte et au Soudan qui mettent en évidence l'origine méridionale de la civilisation égyptienne.

 

L'archéologue américain Bruce WILLIAMS qui a étudié les objets provenant de ces fouilles écrit dans le Courrier de l'UNESCO (février-mars 1980, pp. 43-44)

"Grâce au témoignage fourni par le cimetière L, la période qui précède juste la première dynastie devient, pour la première fois, une époque historique. Un fait étonnant se dégage, absolument contraire à toutes les idées antérieures sur la question : pendant neuf générations au moins, de 3500-3400 à 3200-3100 avant J.C., la Nubie du groupe A fut un État unifié, possèdant tous les attributs d'une civilisation – un gouvernement, un pharaon, des fonctionnaires, une religion officielle, une écriture et des monuments – un État assez fort pour unir des peuples qui n'étaient pas de même origine. C'est ainsi que les habitants du Ta-Seti, "Le Pays de l'Arc", nom par lequel les anciens Égyptiens désignaient la Nubie, participèrent pleinement et sur un plan d'égalité que personne n'avait jamais soupçonné, à l'irrésistible essor de la civilisation des rives du Nil".

Le rapport de Bruce WILLIAMS de ces fouilles effectuées dans les années soixante, a été publié en 1986 : "Excavations between Abu Simbel and the Sudan frontier, part I – The A-group royal cemetery at Qustul : Cemetery L", University of Chicago, Oriental Institute Nubian Expedition, Vol. III, Chicago, 1986. Voir aussi ANKH, n° 6/7, 1997-1998, pp. ).

 

 

Encensoir mis au jour dans le Cimetière de Qustul, témoignant de l'existence en Nubie, dès la fin du 4ème millénaire, d'un État unifié, possédant tout les attributs d'une civilisation – un gouvernement, un pharaon, des fonctionnaires, une religion officielle, une écriture et des monuments. Cf. les travaux de Bruce Williams.

 

L'ouvrage érudit de Babacar SALL, Racines éthiopiennes de l'Egypte ancienne est une étude majeure consacrée à cet axe de recherche.

 

. etc.

A l'issue du colloque d'égyptologie du Caire, Cheikh Anta Diop appelle de ses voeux  une réorientation des études égyptologiques qui doit s'accompagner d'un dialogue avec les chercheurs africains :

 

"Ce colloque peut être considéré comme un tournant qui a permis à l'égyptologie de se réconcilier avec l'Afrique et de retrouver sa fécondité. Le dialogue scientifique sur le plan international est instauré et l'on peut espérer qu'il ne sera pas rompu. A la suite des débats, des participants n'ont pas manqué d'exprimer leur volonté de réorienter leurs travaux vers l'Afrique et d'intensifier leur collaboration avec les chercheurs Africains".

"Et les études africaines ne sortiront du cercle vicieux où elles se meuvent, pour retrouver tout leur sens et toute leur fécondité, qu'en s'orientant vers la vallée du Nil.

Réciproquement, l'égyptologie ne sortira de sa sclérose séculaire, de l'hermétisme des textes, que du jour où elle aura le courage de faire exploser la vanne qui l'isole, doctrinalement, de la source vivifiante que constitue, pour elle, le monde nègre" (Cheikh Anta DIOP, Antériorité des civilisations nègres – mythe ou vérité historique ?, op. cit., p. 12).

 

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