ANKH: Egyptologie et Civilisations Africaines
 Egyptologie, histoire de l'Afrique et sciences exactes
 Egyptology, Africa History and Sciences
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La recherche et l'histoire ancienne de l'Afrique

 

 

 

 

 Quels sont les résultats récents de la recherche - en paléontologie, biologie moléculaire, physico-chimie, archéologie, histoire, linguistique, égyptolologie, etc. - qui intéressent l'histoire ancienne de l'Afrique, thématisée, à partir de 1954, par Cheikh Anta Diop dans Nations nègres et Culture ? C'est à cette question qu'il est succinctement répondu ci-après.

 

    1. La paléontologie, l'archéologie, la génétique et l'origine de l'homme

Toumaï.  Son

découvreur est Ahounta

Djimdoumalbaye,

juillet 2001

(A. Beauvilain, L'Aventure humaine,

Paris, La Table Ronde, 2003)

Dans l'état actuel de nos connaissances, le continent de l'apparition de l'Homme est l'Afrique, surnommée pour cette raison berceau de l'humanité. La liste des hominidés découverts dans le sol africain s'allonge régulièrement, de Toumaï et Orrorin vieux d'environ 7 et 6 millions d'années à Omo I, homo sapiens sapiens daté de 195 000 ans, en passant par les Australopithèques qui ont vécu il y a environ 4 millions d'années, les Homo habilis, 2,5 millions d'années, les Homo ergaster, 2,2 millions d'années, les Homo erectus, 2 millions d'années. Cette énumération ne préjuge pas du caractère linéaire ou buissonnant de l'évolution humaine qui aboutit à l'homme moderne.

 

Sites des fossiles en Afrique et au Proche- Orient

 

Pour ce qui concerne Homo sapiens sapiens (ou homme moderne), rappelons-le, deux interprétations sont en présence :

- La première est celle de la monogenèse africaine de l'humanité qui fait naître l'humanité actuelle en une région unique : l'Afrique. L'apparition des races actuelles est un phénomène "récent" qui résulte de l'adaptation de l'Homo sapiens sapiens africain aux nouvelles conditions géo-climatiques et de vie rencontrées lors de son émigration sur les autres continents. La thèse monogénétique, reformulée en 1976 par Williams Howells, est de nouveau reprise par le paléontologue allemand Günter Bräuer en 1982. Cette thèse est aujourd'hui connue sous le nom de "modèle Out of Africa"ou encore "Arche de Noé" parce qu'elle considère que seuls les Hommes modernes d'Afrique ont survécu remplaçant complètement les descendants des Homo erectus, et les Néandertaliens qui s'étaient perpétués en Asie et en Europe.

 

- La seconde, celle du polycentrisme ou encore théorie multirégionale, (ou modèle du Candélabre) soutient que les différentes races actuelles sont issues d'une évolution parallèle sur chaque continent de l'homo erectus qui avait émigré hors d'Afrique. Elle est défendue par des paléontologues comme Milford H. Wolpof et Wu Xhingzi.

 

 

Une troisième théorie intermédiaire dite réticulaire imagine des échanges constants de gènes entre les populations de l'Asie et de l'Afrique par le biais de migrations fréquentes réciproques. Par ce phénomène d'échange les deux continents auraient ainsi contribué à constituer le patrimoine génétique des premiers hommes modernes. Les hommes modernes auraient alors un double berceau l'Afrique et l'Asie.

 

Paléontologie

 

En 1988, les paléontologues Günter Bräuer, Reiner Protsch, Christopher Stringer concluent à l'origine africaine monogénétique de l'homme moderne.

 

En 1994, dans la revue ANKH, Günter Bräuer, paléo-anthropologue de l'Université de Hambourg, en Allemagne, fait le point sur le modèle "Out of Africa" c'est-à-dire sur la thèse de l'origine monogénétique africaine de l'homo sapiens sapiens :

 

 

 

"... l'homme anatomiquement moderne s'est développé il y a un peu plus de 100 000 ans en Afrique subsaharienne, à partir d'une lignée évolutive facile à suivre. Cet homme moderne s'est répandu dans le Nord et au Proche-Orient".

 

Il apporte de nouvelles données confortant ce modèle, en 1996 à Dakar (Sénégal), lors du colloque international "L'oeuvre de Cheikh Anta Diop et la Renaissance africaine au seuil du 3ème millénaire" confortant le modèle "Out of Africa". Puis en juin 1998, dans le cadre du colloque Humanity from African Naissance to Coming Millenia - Colloquia in Human Biology and Palaeoanthropology, qui s'est tenu à Sun City en Afrique du Sud il procède à une analyse critique du modèle "Out of Africa" en essayant de cerner d'une part le processus de "modernisation" de l'homme en Afrique à partir d'un homo sapiens archaïque et d'autre part le processus de remplacement des populations humaines archaïques par les hommes modernes dans les différentes régions du monde, en Afrique, en Europe, en Asie orientale et en Australie. Ce remplacement s'est-il produit selon un phénomène biologique complexe impliquant des croisements entre populations modernes nouvellement arrivées et populations archaïques locales ou bien s'est-il déroulé "brutalement" sans mélange entre les deux types de populations et aboutissant à l'extinction des populations archaïques ? Si les plus récentes données archéologiques et analyses anthropologiques paraissent confirmer l'antériorité de la présence des "near-modern humans" en Afrique subsaharienne, des spécialistes s'interrogent néanmoins sur le ou les scenarii qui ont mené jusqu'à l'humanité contemporaine.

 

Tout récemment l'annonce a été faite de la découverte de nouveaux fossiles d'homo sapiens en Éthiopie, datant de d'environ 160 000 ans (homo idaltu). Les études qui en ont été faites notamment par le paléontologue éthiopien Berhane Asfaw et américain Tim D. White, permettent d'affirmer encore :

 

"Their anatomy and antiquity constitute strong evidence of modern-human emergence in Africa" et que "... modern human morphology emerged in Africa long before the Neanderthals vanished from Eurasia".

 

               

 

Le paléontologue éthiopien Berhane Asfaw - Homo Idaltu : homo sapiens sapiens vieux de 160 000 ans trouvé en Ethiopie

Crâne fossile OMO1 : homo sapiens sapiens découvert par le paléontologue Louis Leakey, en 1967, dans le sud de l'Ethiopie (Kibish Formation). Initialement daté de 130 000 ans, il a été récemment re-daté par une équipe de chercheurs australiens et américains. Cette nouvelle datation fournit 195 000 ans ± 5000 ans,  faisant de ce fossile le plus ancien représentant de l'homme anatomiquement moderne bien daté. Cf. Nature, vol. 433, 17 february 2005.

 

De plus, les récentes études démontrant la discontinuité génétique entre les homo sapiens sapiens (hommes modernes) et les homo neandertalensis (hommes de Neandertal) renforcent encore la théorie de l'origine monogénétique africaine de l'homme moderne tout en rendant toujours plus irrecevable au plan scientifique l'hypothèse polycentrique.

 

Jean-Jacques Hublin, qui dirige le laboratoire Dynamique de l'évolution humaine du CNRS à Paris, écrit dans un article intitulé "Climat de l'Europe et origine des Néandertaliens" :

 

"Les vestiges exhumés depuis 150 ans en Europe indiquent que, il y a 40 000 ans environ, l'Europe a été colonisée par des hommes semblables aux Européens d'aujourd'hui, quoique plus robustes : leur haute taille et leurs proportions corporelles semblables à celles des Africains actuels témoignent de leur origine tropicale".

 

Pascal Picq, du Collège de France, ajoute :

 

"Tous parents, mais tous différents. Toutes les femmes et tous les hommes d'aujourd'hui appartiennent à une seule espèce. Comment expliquer ces différences à partir d'une origine commune ? Une certitude cependant, les premières femmes et les premiers hommes modernes avaient la peau noire".

 

 

Archéologie

Les gravures et les artefacts trouvés aux cours des années 1990 dans la Grotte de Blombos à 200 kilomètres du Cap en Afrique du Sud, datés d'environ 77000 ans constituent une autre confirmation de l'antériorité de l'homme moderne en Afrique par rapport aux autres continents (homo sapiens sapiens). Cet art, le plus ancien connu dans le monde, à ce jour, précède de 30000 à 40000 ans le magnifique art pariétal du Sud de l'Europe (La Grotte Chauvet en France, le site d'Altamira en Espagne, ...).

 

 

Ocre gravé trouvé dans la grotte de Blombos en Afrique du Sud daté de - 77000 ans. Cet objet, comportant une série de lignes parallèles, est la première attestation connue de l'existence de la "pensée symbolique" qui caractérise l'homme moderne (homo sapiens sapiens). L'homme moderne apparaît pour la première fois, en Afrique, il y a plus de 130000 ans. Vers - 40000 ans, il sort du continent africain et peuplera l'Asie, l'Europe, l'Océanie, .... D'autres nombreux objets ont été également découverts dans cette grotte (cf. Henshilwood, C.S., Sealy, J.S., Yates, R., Cruz-Uribe, K., Goldberg, P., Grine, F.E., Klein, R.G., Poggenpoel, C.A., van Niekerk, K. & Watts, I. 2001, "Blombos Cave, Southern Cape, South Africa : Preliminary Report on the 1992-1999 Excavations of the Middle Stone Age Levels", Journal of Archaeological Science, 28, 421-448 ; "Emergence of modern human behavior : Middle Age Engravings from South Africa", Michael Balter, "From a Modern Human's Brow or Doodling ?, Science, vol. 295, 11 January 2002, pp. 247-248 ; Hervé Morin, "Quand Homo sapiens jouait les artistes en Afrique du Sud", Le Monde, mercredi 16 janvier 2002, p. 24).

 

Richard Mankiewicz, dans son livre L'histoire des mathématiques, mentionne que :

 

"Le plus ancien témoignage de calcul numérique a été exhumé au Swaziland en Afrique australe. Il date d'environ 35000 ans av. J.-C. et consiste en un péroné de babouin portant 29 encoches nettement visibles."

 

Génétique

 

Parallèlement à la découverte, à l'étude et à la datation des fossiles, des industries lithiques, des sites d'occupation du sol, des peintures rupestres, la biologie moléculaire, avec les études du sang, des gènes chromosomiques, de l'ADN mitochondrial, apporte aussi son éclairage propre sur l'origine de l'homme (l'homme moderne plus particulièrement). Elle propose, en effet, une chronologie des processus de différentiation des populations actuelles d'Europe, d'Asie, d'Océanie, d'Amérique à partir de populations d'origine africaine, grâce à "l'horloge moléculaire". L'idée de ce chronomètre moléculaire avait été émise en 1963 par E. Zuckerkandl et L. Pauling: son principe repose sur le fait que les protéines qui composent les êtres vivants subissent des modifications (mutations des gènes codant les protéines) au cours du temps avec l'hypothèse que le taux de mutation est constant en fonction du temps. Ce type d'études s'est développé d'abord dans les années 1970 avec M. Nei et A. Roychoudury, ensuite par Jim Wainscoat, Allan C. Wilson et ses collaborateurs, Gérard Lucotte et Jacques Ruffié. Depuis, ces études n'ont cessé de se multiplier. Luigi Luca Cavalli-Sforza et son équipe établissent des recoupements entre les données de la biologie moléculaire, les données de la linguistique et celles de la paléontologie.

 

En septembre 1998, la revue américaine Proceedings of the National Academy of Sciences publie un article co-signé par des chercheurs généticiens chinois (Pékin, Shanghaï) et américains (Houston au Texas) qui assigne une origine africaine aux populations chinoises, renforçant encore le modèle "Out of Africa". Ces résultats sont confirmés, en 2001, dans un article de la revue Science et intitulé "African Origin of Modern Humans in East Asia : A tale of 12,000 Y Chromosomes" :

 

"This result indicates that modern humans of African origin completely replaced earlier populations in East Asia".

 

Les résultats de la recherche génétique, de plus en plus nombreux, semblent converger vers la même conclusion d'une origine commune africaine et "récente" de l'humanité actuelle. En juin 1999, la revue Pour la Science a produit un dossier très complet sur "Les origines de l'humanité" abordant aussi bien les aspects paléontologiques que génétiques. Une toute nouvelle et imposante synthèse intitulée Aux origines de l'humanité a été élaborée sous la direction d'Yves Coppens et Pascal Picq du Collège de France.

 

 

Les résultats des investigations génétiques font écrire à Bryan Sykes, chercheur et professeur de génétique à l'Université d'Oxford, dans son livre Les sept filles d'Eve :

 

"Dans le schéma multirégional, un Européen moderne et un Chinois moderne auraient eu un dernier ancêtre commun voici au moins un million d'années. Suivant le scénario Out of Africa, en revanche, ils étaient encore liés par un passé beaucoup plus récent. Le mérite de l'arbre des gènes fondé sur l'étude de la mitochondrie est d'avoir pour la première fois introduit dans l'équation une échelle chronologique objective. Il a établi très clairement que l'ancêtre mitochondriale commune de tous les humains modernes vivait il y a quelque 150000 ans seulement. Cela cadrait parfaitement avec les tenants de la théorie de l'école Out of Africa, qui se sont réjouis de cette découverte."

 

Il ressort de ce qui précède que les résultats les plus récents de la recherche obtenus conjointement dans les domaines de la paléontologie, de l'archéologie et la génétique présentent une forte cohérence d'ensemble et une convergence remarquable confirmant la validité de la théorie de l'origine monogénétique et africaine de l'homme moderne (homo sapiens sapiens). C'est pourquoi, aujourd'hui, cette théorie recueille l'accord du plus grand nombre des savants dans le monde. Dès 1962, à partir de l'analyse des résultats de la paléo-anthropologie humaine et de l'archéologie déjà acquis et disponibles à cette époque, Cheikh Anta Diop avait soutenu la théorie de l'origine monogénétique et africaine de l'homme moderne, notamment dans son étude intitulée "Histoire primitive de l'Humanité. Évolution du monde noir".

 

   2. Biologie moléculaire et momies égyptiennes

Le philosophe grec Xénophane, cité par Arnold Toynbee, notait :

 

"Les Ethiopiens disent que leurs dieux ont le nez camus et la peau noire, et les Thraces que les leurs ont les yeux bleus et les cheveux roux. A supposer que les boeufs et les chevaux aient des mains et veuillent dessiner de leurs mains et faire des oeuvres d'art comme les hommes, les chevaux représenteraient leurs dieux sous la forme de chevaux, les boeufs sous la forme de boeufs, et dessineraient leurs corps sur le modèle du leur."

 

Le phénotype nègre des anciens Egyptiens était un fait d'évidence dans l'Antiquité. Le témoignage unanime des "auteurs anciens" comme Hérodote, surnommé "le père de l'Histoire", Aristote, philosophe éminent de l'Antiquité, Lucien, Apollodore, Eschyle, Strabon, Diodore de Sicile, Diogène Laërce, Ammien Marcellin, etc. indiquent sans équivoque que les Egyptiens anciens sont des Noirs comme tous les naturels du continent africain.

 

 

L'égyptologue Mubabinge Bilolo a analysé le témoignage d'Aristote à partir du texte grec dans l'article intitulé : "Aristote et la mélanité des anciens Egyptiens", montrant ainsi qu'il y a concordance entre les résultats de l'analyse philologique et ceux de l'analyse bio-anthropologique. Vont encore dans le même sens, les conclusions de l'enquête historique minutieuse et palpitante menée par l'égyptologue Aboubacry Moussa Lam dans son livre L'Affaire des Momies royales - La vérité sur la reine Ahmès Nefertari, à partir des rapports de fouilles et d'analyses établis par les égyptologues et les anthropologues à la fin du 19ème siècle et au début du 20ème siècle.

 

C'est cette appartenance de l'Egypte pharaonique au monde négro-africain, qui explique que le qualificatif "noir" est attribué par les Egyptiens anciens à leur pays, à eux-mêmes et à leurs dieux.

 

Nous avons vu précédemment que souhaitant apporter des éléments complémentaires sur cette question :

 

"Cheikh Anta Diop propose, d'abord en 1967, puis de nouveau en 1973, de recourir à l'anthropologie physique en déterminant la pigmentation des anciens Egyptiens par un dosage de la mélanine contenue dans la peau des momies égyptiennes. La mélanine est en effet le corps chimique responsable de la couleur de la peau. Dans une étude publiée en 1973, il indique l'existence de plusieurs méthodes possibles de dosage de la mélanine. Il met en oeuvre l'une d'entre elles (technique des coupes minces observées en lumière ultra-violette ou naturelle) pour étudier la pigmentation de la peau de quelques momies égyptiennes conservées au laboratoire d'anthropologie du Musée de l'Homme de Paris, et provenant des fouilles de l'égyptologue Auguste Mariette. Par cette même méthode il propose l'analyse de la couleur de la peau de toutes les momies royales authentiques conservées au Caire telles que celles de Thoutmosis III, Séthi 1er, Ramsès II, etc. C'est en vain qu'il a attendu les échantillons de peau de quelques mm2 de surface promis par le Conservateur du Musée du Caire de l'époque. Par ailleurs, il s'étonne qu'une telle analyse n'ait pas été déjà tentée par d'autres chercheurs." En février 1974, il présente les résultats de ses analyses au Colloque du Caire sur Le peuplement de l'Egypte ancienne et le déchiffrement de l'écriture méroïtique.

 

Cinq années plus tard, une table ronde sur l'Anthropologie physique des anciens Egyptiens se tient à Grenoble du 12 au 14 septembre 1979. Elle est organisée par le CNRS sous l'autorité des professeurs Yves Coppens et Eugen Strouhal. On y trouve une contribution intitulée : "Étude de la peau des Egyptiens prédynastiques" par E. Rabino Massa (Instituto di Antropologia, Università di Torino). L'auteur écrit :

 

"L'étude de la peau des anciens Egyptiens peut avoir un intérêt considérable, tant du point de vue de la paléopathologie, car elle permet de reconnaître des maladies, que du point de vue anthropologique pour la détermination de l'origine ethnique des populations humaines".

 

Si l'article ne comporte pas de résultats quantitatifs du taux de mélanine présent dans les échantillons de peau prélevés sur des momies égyptiennes, il confirme la présence de grains de mélanine et la faisabilité de son dosage :

 

"L'analyse histologique du tissu épithélial a permis de mettre en évidence la stratification typique de l'épiderme et de relever la présence de granules de mélanine dans le cytoplasme de la couche basale".

 

 

Jean Bernard, qui a été Directeur de l'Institut de recherches sur les leucémies et maladies du sang, Président de l'Académie des Sciences et membre de l'Académie française, dans son ouvrage Le sang et l'histoire (1983), montre que l'analyse du sang permet de caractériser les populations, évoquant au passage le cas de la momie de Nakht :

 

"Les groupes sanguins, les hémoglobines, les enzymes, restent les mêmes (sauf rarissimes exceptions) de la naissance à la mort. Au-delà de la mort. L'examen de la momie du tisserand égyptien Nakht, qui vivait du temps de Ramsès II, a montré que le tisserand appartenait au groupe sanguin B. Permanence héréditaire. Ces caractères sanguins se transmettent immuables de génération en génération selon les lois de la génétique mendélienne. Ils sont les témoins aisément accessibles, très fidèles, de notre patrimoine génétique. L'étude des caractères du sang, de leurs variations reflète très exactement l'état, les variations des gènes qui gouvernent les caractères du sang. La permanence des caractères du sang qui exprime la permanence génétique permet de reconna"tre, de définir, au long des siècles, les populations."

 

Depuis plus d'une dizaine d'années, les techniques de la biologie moléculaire, plus précisément celles mises en oeuvre pour l'étude de l'ADN et des gènes anciens ou archéogénétique, sont appliquées à l'étude des momies égyptiennes comme l'illustrent les travaux du chercheur suédois Svante Pääbo travaillant au Département de Zoologie de l'Université de Munich, l'un des initiateurs de l'archéologie moléculaire. En effet, le professeur Svante Pääbo a produit, en 1985, la première mise en évidence de la préservation de l'ADN dans les restes humains et la démonstration de la possibilité non seulement de le récupérer mais aussi de le dupliquer. Dans un article intitulé "A molecular approach to the study of Egyptian History", Svante Pääbo et Anna Di Rienzo de l'Université de Berkeley en Californie, indiquent que les premières investigations portant sur l'ADN mitochondrial ont été menées sur les populations de l'Afrique sub-saharienne en 1989 puis du Japon, de la Sardaigne et du Nord ouest des Etats-Unis. Ils mentionnent également une étude en cours du même type sur la population du Delta du Nil dans le but de formuler des hypothèses sur l'origine et l'histoire de cette population. Les auteurs soulignent le long travail nécessaire à l'obtention de résultats avec une statistique correcte, c'est-à-dire scientifiquement pertinents.

 

Eric Crubézy, professeur d'anthropologie à l'Université Paul Sabatier à Toulouse, signale dans un article intitulé "Les surprises de l'ADN ancien - Une technique miracle à manier avec précaution", l'analyse de l'ADN de deux corps inhumés dans la nécropole d'Adaïma, en Egypte, 3700 ans avant J.-C. :

 

"Celui-ci [l'ADN] les apparente aussi à des populations d'origine subsaharienne, ce que confortent des éléments morphologiques et épidémiologiques concernant l'ensemble de la population".

 

Analyses de la pigmentation de la peau, analyses des groupes sanguins et analyses de l'ADN, en particulier des momies royales égyptiennes autochtones authentiques, sont donc autant de techniques d'investigation opérationnelles dont les résultats doivent d'être connus afin de contribuer à la reconstitution objective du passé.

 

 

   3. Biologie moléculaire, populations et migrations

Jean Bernard, cité plus haut, consacre un chapitre de son livre au sang et à l'histoire des migrations. Il y montre, sur des exemples concrets, comment certaines énigmes ont pu être résolues ou des controverses stoppées grâce à l'analyse du sang, . :

 

" Que sont réellement les Ainu ? Blancs ou Jaunes ? d'où viennent-ils ? Les controverses ouvertes par les descriptions de La Pérouse se poursuivent depuis deux cents ans ... Les études du sang des Ainu, l'hématologie ont permis de répondre aux questions posées, de classer les Ainu". ... "Ainsi, l'hématologie est formelle ; les Ainu ne sont pas des Blancs. Ils sont, très vraisemblablement, des Asiatiques différents des Japonais actuels, de vieux Asiatiques".

 

"L'histoire des migrations indo-européennes, l'histoire des expéditions des Normands, l'histoire des conquêtes des souverains Khmers sont, toutes trois, bien connues. Dans les trois cas, d'utiles confirmations ont été apportées par l'étude du sang, par l'étude du système HLA pour les Indo-Aryens et les Normands, par l'étude des hémoglobines pour les Khmers"

 

C'est donc dire que la biologie moléculaire contribue aussi à identifier les mouvements migratoires humains, ainsi que l'a noté Louise Marie Diop. dans le cas de l'Afrique, lors du 2ème Congrès international de démographie historique tenu à Paris en juin 1987 :

 

"- L. Excoffier et ses collaborateurs ont mis en évidence une "proximité génétique" entre "les populations dinka et nuer", d'une part, et "le groupe de l'Afrique de l'Ouest" d'autre part.

"- Cette constatation vient renforcer la thèse soutenue par Cheikh Anta Diop selon laquelle des flux migratoires se sont produits de la vallée du Nil vers l'Afrique de l'Ouest, ainsi qu'il apparaît sur le tableau des pages 496 et 497 de Nations nègres et Culture où l'auteur avait relevé, entre autres, 33 noms ethniques communs aux Nuer, justement, et aux Sénégalais".

 

 

   4. L'archéologie et la métallurgie du fer en Afrique

 

Contre l'opinion diffusionniste généralement admise, postulant une origine extra-africaine de la métallurgie du fer, Cheikh Anta Diop, soutenait en 1973, puis en 1976, l'existence d'une métallurgie du fer endogène et ancienne en Afrique noire, celle-ci incluant l'Egypte ancienne.

 

Dans une synthèse sur l'âge de la métallurgie du fer en Afrique, L. M. Diop montre que les données archéologiques confirment d'une part son caractère autochtone et d'autre part son ancienneté. Elle signale que :

 

"- Au Massif du Termit (entre le lac Tchad et le Massif de l'Aïr) dans le Niger oriental , le fer est daté d'environ 1500 avant J.C., au moins, et qu'à l'ouest de Termit, à Egaro, les dates remontent à 2500 avant J.C. environ (G. Quéchon et al., Journal des Africanistes, 62, 2 1992, pp 55-68).

 

- De nouvelles dates significatives ont été obtenues en 1998/99 : au Cameroun pour le site d'Oliga (zone nord de Yaoundé) une série de dates s'échelonnant de 1300 avant J. C. à 567 ap. J.C (cf. in Paléo-anthropologie en Afrique Centrale, Michèle Delneuf et al., L'Harmattan, 1999, chap. XIV, "L'archéologie de l'âge du fer au Cameroun méridional'"par Joseph-Marie Essomba). En Centrafrique, dans la région mégalithique de Bouar au site de Gbabiri (site 77,), les dates corrigées tombent vers 800 BC (cf E. Zangato, 1999, BAR, Cambridge, série Monograph. African Archaeo n¡45 Ð cf. aussi Journal des Africanistes n¡ 65-95,2). Ainsi l'ancienneté et l'endogénéité de la paléo-sidérurgie africaine sont-elles maintenant indiscutables et indiscutées".

 

L'archéologue Hamady Bocoum, de l'IFAN-Ch. A. Diop (Université Cheikh Anta Diop de Dakar), auteur de nombreux travaux sur la métallurgie du fer en Afrique de l'Ouest, a dirigé la publication d'un ouvrage collectif majeur, édité par l'UNESCO en 2002 et intitulé Aux origines de la métallurgie du fer en Afrique - Une ancienneté méconnue. Dans l'introduction générale de cet ouvrage, Hamady Bocoum indique que :

 

"Depuis dix ans en effet, beaucoup d'encre a coulé à propos du fer en Afrique et dans le monde, et bien des schémas diffusionnistes ont succombé sous le poids des évidences ... la chronologie du fer en Afrique continue de tirer comme un boulet cet avatar qu'est le diffusionnisme et qui appara"t comme un instrument de négation des cultures que l'Europe conquérante rencontra sur son chemin. Celles-ci étaient ainsi presque partout soit trop jeunes, soit trop rustiques ou encore insuffisamment raffinées pour supporter la comparaison ...

 

"Des convergences très fortes, reposant sur une meilleure ma"trise des données, autorisent à accréditer l'hypothèse de l'existence d'un ou plusieurs foyers d'invention de la sidérurgie en Afrique de l'Ouest et du Centre, ainsi que dans la région des Grands Lacs ...

 

"En réalité, aucun continent ne présente autant de variations dans la conduite de la cha"ne opératoire de la réduction directe que l'Afrique où les artisans ont poussé l'ingéniosité jusqu'à produire du fer dans des fourneaux faits de troncs de bananiers."

 

          

 

Les sites de la métallurgie du fer en Afrique

 

Outre l'aspect technologique, H. Bocoum, A. M. Lam et M. I. Sy ont étudié l'évolution dans le temps de la place et du rôle socio-politique de la métallurgie et du forgeron dans les sociétés négro-africaines, de l'ancienne Egypte à la période contemporaine.

 

   5. L'archéologie et l'antériorité de la Nubie

 

L'origine des anciens Egyptiens

L'historien grec Diodore de Sicile (vers 90-20 av. J.C.) écrit :

 

"Les Ethiopiens disent que les Egyptiens sont une de leurs colonies qui fut menée en Egypte par Osiris. Ils prétendent même que ce pays n'était au commencement du monde qu'une mer, mais que le Nil entraînant dans ses crues beaucoup de limon d'Ethiopie, l'avait enfin comblé et en avait fait une partie du continent. Ils ajoutent que les Egyptiens tiennent d'eux, comme de leurs auteurs et de leurs ancêtres, la plus grande partie de leurs lois ; c'est d'eux qu'ils ont appris à honorer les rois comme des dieux et à ensevelir leurs morts avec tant de pompe ; la sculpture et l'écriture ont pris naissance chez les Ethiopiens. Les Ethiopiens allèguent d'autres preuves de leur ancienneté sur les Egyptiens ; mais il est inutile de les rappeler ici."

 

Dans la biographie qu'elle consacre à Champollion-le-Jeune (1790-1832), le déchiffreur des hiéroglyphes, H. Hartleben relate le retour du voyage de ce dernier (surnommé "l'Egyptien" dans l'extrait ci-dessous) dans la Vallée du Nil :

 

"Méhémet Ali accueillit les voyageurs de retour avec la meilleure grâce, mais l'"Egyptien" jugea plus important encore un entretien approfondi avec Ibrahim Pacha, fils adoptif du grand vice-roi : il espérait, en effet, que celui-ci équiperait une expédition égyptienne sous la protection de l'armée pour explorer les sources du Nil, ou accorderait au moins son soutien actif à une entreprise montée en Europe dans ce dessein. Alors qu'il était professeur d'histoire à Grenoble, il avait déjà vivement déploré ce point obscur de la science géographique, mais bien plus encore depuis qu'il avait repris la thèse transmise par les Grecs d'une origine haut-nilotique pour les Egyptiens et contemplé avec nostalgie depuis la deuxième cataracte les contrées qu'il ne lui était pas donné de visiter".

 

Citons maintenant Cheikh Anta Diop :

 

"Nous avions écrit dans Nations nègres et Culture et dans nos publications ultérieures que, d'après le témoignage quasi unanime des Anciens, la civilisation nubienne est antérieure à celle de l'Egypte et lui aurait même donné naissance. Cela est tout à fait logique si l'on se place dans la perspective d'un peuplement de la Vallée du Nil par une descente progressive de peuples noirs depuis la région des Grands Lacs, berceau de l'Homo sapiens sapiens. Mais les faits archéologiques probants manquaient pour démontrer cette hypothèse. La lacune, semble-t-il, vient d'être comblée, grâce aux fouilles de Keith Seele, de l'Université de Chicago, faites au cimetière de Qostul en Nubie "

 

 

Le brûle-parfum provenant des fouilles menées par Keith Seele à Qustul en Nubie et étudié par Bruce Williams. Cet objet par son ancienneté et le lieu de sa découverte témoigne de l'antériorité de l'Etat Nubien. En particulier, on distingue au centre les attributs royaux repris plus tard par l'Etat pharaonique égytien.

 

En effet, l'archéologue américain Bruce Williams qui a étudié les objets provenant de ces fouilles effectuées dans les années soixante (le rapport a été publié en 1986) écrit dans le Courrier de l'UNESCO :

 

"Grâce au témoignage fourni par le cimetière L, la période qui précède juste la première dynastie devient, pour la première fois, une époque historique. Un fait étonnant se dégage, absolument contraire à toutes les idées antérieures sur la question : pendant neuf générations au moins, de 3500-3400 à 3200-3100 avant J.C., la Nubie du groupe A fut un Etat unifié, possédant tous les attributs d'une civilisation : un gouvernement, un pharaon, des fonctionnaires, une religion officielle, une écriture et des monuments, un Etat assez fort pour unir des peuples qui n'étaient pas de même origine. C'est ainsi que les habitants du Ta-Seti, "Le Pays de l'Arc", nom par lequel les anciens Egyptiens désignaient la Nubie, participèrent pleinement et sur un plan d'égalité que personne n'avait jamais soupçonné, à l'irrésistible essor de la civilisation des rives du Nil".

 

L'ouvrage collectif Egypt and Africa, Nubia from Prehistory to Islam est très riche en résultats de diverses recherches archéologiques entreprises au Soudan. En introduction, Jean Vercoutter dresse un tableau de l'investigation archéologique au Soudan depuis le 18ème siècle, avec les descriptions des ruines de Nubie faites en 1738 par le voyageur danois Frederik Norden. Dans la dernière section de son texte, l'auteur procède à une brève analyse prospective de "l'archéologie nubio-soudanaise" dans laquelle il écrit :

"Les récents travaux au Ouadi Kubanieh et dans les "Playas" du désert occidental comme ceux entre Ve et VIe Cataractes : de Kadero, Saggai, Kadada, el-Ghaba, devraient être étendus aux déserts ouest et est, si l'on veut discerner l'une des composantes essentielles de la civilisation pharaonique naissante, celle qui est venue du Sud".

 

Le matériel mis au jour, en particulier celui relatif aux pratiques funéraires, permet à Bruce Williams de caractériser les cultures anciennes de la Nubie et d'apprécier leurs relations avec celles de l'Egypte dans un article intitulé "A Prospectus For Exploring The Historical Essence of Ancient Nubia", initialement publié dans l'ouvrage collectif Egypt and Africa, Nubia from Prehistory to Islam et reproduit, dans la revue ANKH.

 

D'autres auteurs révèlent aussi l'histoire de la Nubie et son importance dans l'Afrique ancienne comme Aminata Sakho-Autissier dans son article "Soudan Royaumes du Nil". L'ouvrage collectif Soudan, Royaumes sur le Nil, recèle également de nombreuses pièces archéologiques concrétisant différents aspects des cultures de la vallée du Nil (art, architecture, artisanat, écriture, spiritualité, etc.) et leur évolution sur plusieurs milliers d'années.

 

L'ouvrage de Babacar Sall, Racines éthiopiennes de l'Egypte ancienne, restitue le rôle capital joué par la Nubie dans l'émergence des civilisations nilotiques. Théophile Obenga, dans la préface, souligne trois aspects majeurs développés par l'auteur :

 

"- L'éclaircissement des relations diverses qui ont existé entre l'Ethiopie, l'Egypte et la Libye, c'est-à-dire entre la Nubie (ancien Soudan), la Vallée égyptienne du Nil et le plateau Nord de l'Afrique avant la période dynastique pharaonique, c'est-à-dire avant 4000 ans avant notre ère ;

 

- l'unité géographique, ethnique et culturelle des pays nilotiques ou des contrées du Nil que sont l'Abyssinie, le Soudan et l'Egypte, Ð ce qu'affirmaient déjà les auteurs grecs, notamment Diodore de Sicile et Strabon, après Hérodote, sur la base de la tradition orale pharaonique et des faits de civilisation examinés sur place ;

 

- l'influence fondatrice de l'Ethiopie (Nubie-Soudan) sur l'Egypte et le monde saharo-maghrebin : ce point capital est la "thèse" même du professeur Babacar Sall qui démolit, pièce par pièce, les spéculations, franchement gratuites, sur l'origine sumérienne ou proche-orientale de la civilisation pharaonique."

 

Babacar Sall, écrit dans sa conclusion :

 

"La monarchie pharaonique a dé se constituer à partir d'un stimulus éthiopien. D'abord parce que l'encensoir de Qostul datant d'avant Narmer porte en décor maints attributs de la monarchie d'Egypte. Parce que Narmer a appartenu à un clan de métallurgistes, en décidant du site de Memphis, il y consacrait un temple au dieu Ptah connu à l'époque dynastique comme dieu des forges et des métiers. La métallurgie du cuivre a été introduite en Egypte par le type stéatopyge puisque leurs tombes contenaient des épingles de cuivre. Ce caractère primordial de Ptah explique qu'il débute la liste des pharaons. Il a gardé ce statut jusqu'à la basse époque puisque les dodécarques avaient fait de son culte le fondement de leur co-régence. Le lien entre Ptah et Narmer permet de concevoir la monarchie de Hiéraconpolis comme une monarchie technologique d'émanation éthiopienne. On comprend alors que les auteurs de cette institution aient connu Pount très tôt.

 

"On comprend alors la préséance du Sud en tant "qu'en soi", que dans les tombes de Abadiyeh qui contenaient la poterie de la classe B, le mort ait la tête orientée vers le Sud. Cette direction correspondait au Début. Au Nouvel Empire, dans la phraséaologie triomphaliste du pharaon idéal, on écrit que l'empire s'étendait de la "corne de la terre" au Sud jusqu'aux "marais d'Horus" au Nord. Tel est l'ancrage de l'Egypte dans l'Ethiopie qu'il fallait circonscrire. L'approche comparatiste qui découle de cette donnée fait que des auteurs jettent un regard vers l'univers Dogon. Mais cette perspective doit être comprise comme englobant à la fois la dimension du caractère Néo-pharaonique de l'Afrique noire post-pharaonique et celle d'un retour d'une forme raffinée, épanouie à partir d'un substrat pan-africain".

 

Se trouve donc pleinement confirmée l'existence de ce lien ombilical entre la Nubie et l'Egypte ancienne. L'ensemble de ces travaux ont pour conséquence salutaire, entre autres pour la recherche historique, de supprimer cette frontière factice et stérilisante traditionnellement érigée entre l'Egypte ancienne et le reste de l'Afrique noire.

 

 

   6. Datations au Carbone 14 et antériorité de la Haute-Egypte par rapport au

                                 Delta.   L'Egypte contrée africaine.

Hérodote critiquait l'opinion des Ioniens qui réduisaient l'Egypte au Delta. :

 

"Si nous adoptions cette terminologie nous pourrions faire voir qu'autrefois les Egyptiens n'avaient point de pays. On sait en effet que leur Delta, ils le disent eux-mêmes, et c'est mon sentiment, est une terre d'alluvion, une terre, peut-on dire, nouvellement apparue. Jadis d'ailleurs, on appelait Egypte la Thébaïde, dont le pourtour est de six mille cent vingt stades".

 

Cheikh Anta Diop, qui, sur la base des témoignages d'Homère, de Sénèque, d'Ammien Marcellin et d'Hérodote, pense que la Haute-Egypte était antérieure au Delta, en appelle, en 1967, au verdict des sciences exactes en ces termes :

 

"Ajoutons seulement qu'aujourd'hui les méthodes physiques modernes de datation, appliquées à l'archéologie, permettraient de trancher la question. Des tests par le radiocarbone, pratiqués sur des carottes prélevées sur les emplacements respectifs de ces différentes villes permettraient de déterminer avec une certitude suffisante les dates d'émergence des terres qui supportent ces villes et d'une façon générale l'âge du Delta en tant que terre ferme habitable. Voilà un cas précis où la physique moderne aiderait l'archéologie à sortir du cercle vicieux de l'exégèse des textes".

 

Il renouvellera cette proposition de prélèvement d'échantillon et de datation croisée entre les laboratoires du radiocarbone du Caire et de Dakar lors du colloque d'Egyptologie du Caire de 1974. Proposition qui restera sans suite immédiate.

 

Toutefois, son idée a été en quelque sorte concrétisée, plusieurs années après, avec l'étude des niveaux de la mer à partir de datations d'échantillons géologiques. En effet dans le chapitre 5, "Légendes, histoires, niveaux de la mer", de son livre L'homme et le climat Jacques Labeyrie, ancien directeur du Centre des faibles radioactivités du CEA-CNRS, à Gif-sur-Yvette, écrit :

 

"Bien que ces documents écrits soient peu nombreux au début, limités à quelques empreintes de sceaux royaux, ils nous éclairent cependant sur les premiers temps de l'histoire de l'Egypte, un peu avant que ne débute la première dynastie. C'était alors l'époque nagadienne. Des rois se succédaient depuis longtemps déjà dans l'Egypte du Sud, que l'on appelle aussi haute Egypte, c'est-à-dire tout au long de la vallée du Nil située plus au sud que la position actuelle du Caire. D'autres rois existaient aussi dans l'Egypte du Nord, c'est-à-dire la région constituée par le delta du Nil, mais ces rois du delta ne s'étaient pas installés depuis longtemps, tout au plus depuis deux ou trois siècles : nous savons maintenant que c'est parce qu'auparavant le delta était encore immergé. Le lien entre l'abaissement du niveau de la mer et le développement de la civilisation égyptienne est clair : il existe, en effet, comme nous allons le voir maintenant, une très bonne concordance entre les dates "Carbone 14" égyptiennes et celles de la sortie du Delta de la mer vers - 4700.  On data ainsi une quantité de restes attribuables à l'activité humaine, dans le Delta, la vallée du Nil et aussi dans les régions qui entourent cette vallée. Cela a permis de savoir qu'à tel moment du passé l'homme occupait - ou n'occupait pas - ces lieux. Et de cette manière l'on a fait une constatation très curieuse. Dans toute l'étendue du royaume du Sud, c'est-à-dire dans la haute vallée du Nil à partir du sud du Caire, ainsi que dans ses prolongements dans le Soudan actuel, on trouve des artefacts humains jusque bien au-delà de -20000  On trouve aussi de nombreux vestiges très anciens dans ce qui est aujourd'hui la Palestine et la Jordanie, ainsi que sur le territoire de la Libye. Bref, toute cette région du Proche-Orient s'est révélée, grâce au Carbone 14, très anciennement peuplée, dès le paléolithique supérieur. Toute la région, sauf le delta du Nil. Pour celui-ci, les dates Carbone 14 ne commencent en effet que vers - 4200, soit 3000 av. J.C. Mais à partir de ce moment, très vite, elles deviennent très nombreuses. Tout se passe en fait comme si l'implantation humaine n'avait eu lieu dans le Delta qu'à partir de cette date, alors que partout ailleurs, comme on vient de le dire, elle existait depuis longtemps."

 

Ces résultats montrent que le mouvement de la civilisation égyptienne du Sud vers le delta du Nil est corrélé à l'abaissement du niveau de la mer et recoupent parfaitement la tradition rapportée par les Anciens.

 

Les résultats des fouilles archéologiques menées depuis plus de vingt cinq ans par l'archéologue américain Fred Wendorf et son équipe dans la vallée du Nil concluent au caractère autochtone et méridional du foyer de la civilisation égyptienne :

 

"L'accumulation des données recueillies depuis 1975 au Sahara oriental par notre équipe et depuis 1980 par une équipe de l'université de Cologne dirigée par Rudolph Kuper sur la frontière occidentale de l'Egypte, de Sioua jusqu'au plateau de Guilf Kebir, nous offre une vue bien différente de la vision traditionnelle".

 

A propos de ces fouilles, dans un article intitulé "Aux origines de la civilisation", l'égyptologue Jean Vercoutter écrit en effet que :

 

"D'autre part, les plus récentes recherches ont montré que, dès la fin du paléolithique supérieur, il y a quelque dix-sept mille cinq cents ans, l'orge était connue dans la vallée du Nil, en Haute-Egypte, et que sa culture s'y maintint jusqu'à ce qu'elle soit perfectionnée par les Egyptiens de l'âge prédynastique et l'Ancien Empire. Ainsi dispara"t l'un des arguments majeurs des tenants de l'origine orientale de la civilisation égyptienne. (...) Ainsi, l'Afrique source de civilisation émerge dans nos hypothèses. Certes, tout est encore nébuleux".

 

Fred Wendorf et ses collaborateurs indiquent que les bovins domestiques du Sahara oriental sont légèrement plus anciens que ceux d'Eurasie et que conséquemment :

 

"Il faut bien qu'ait existé en Afrique un foyer de domestication indépendant de ceux connus plus au nord". Ils pensent que les premiers essais de domestication des bovins en Afrique ont été effectués dans la vallée du Nil"

 

où le bovin sauvage était "couramment chassé" et ce vers 9000 av. J.C., avant l'occupation des premiers sites dans le désert au 8e millénaire, et à la faveur de l'installation d'une période pluvieuse.

 

En 1996, Fred Wendorf fait le point sur des fouilles effectuées sur le site très ancien de Nabta Playa, en Basse Nubie, dans un article publié dans la revue ANKH : "Nabta Playa During the Early and Middle Holocene".

 

Au vu de l'ensemble des résultats de la recherche archéologique, l'égyptologue Jean Leclant, en 1998, fait le constat suivant :

 

"Voici que l'Egypte la plus ancienne, si longtemps perçue dans un contexte asiatique par les égyptologues, se révèle, grâce aux travaux des préhistoriens, comme africaine."

L'observation d'une carte de géographie montre à l'évidence que l'Egypte fait partie du continent africain et l'archéologie confirme le caractère méridional autochtone de ses cultures néolithiques, de ses civilisations prédynastique et dynastique.

 

 

   7. Linguistique et égyptologie : la parenté de l'égyptien pharaonique, du copte et des langues négro-africaines modernes

Dans son Discours d'ouverture du cours d'archéologie au Collège Royal de France, le 10 mai 1831, Jean-François Champollion évoque l'étude de la langue égyptienne :

"C'est par l'analyse raisonnée de la langue des Pharaons, que l'ethnographie décidera si la vieille population égyptienne fut d'origine asiatique, ou bien si elle descendit, avec le fleuve divinisé, des plateaux de l'Afrique centrale".

 

Le rapport du Colloque international d'égyptologie tenu au Caire en 1974 sur Le peuplement de l'Egypte ancienne et le déchiffrement de l'écriture méroïtique reconnaît, comme on l'a vu plus haut, la valeur scientifique de l'argumentation linguistique présentée par Cheikh Anta Diop et Théophile Obenga démontrant la parenté de l'égyptien ancien, du copte et des langues négro-africaines contemporaines.

 

Trois ans après, Cheikh Anta Diop systématise la comparaison égyptien ancien - wolof dans son livre Parenté génétique de l'égyptien pharaonique et des langues négro-africaines.

 

En 1993, Théophile Obenga, dans L'origine commune de l'égyptien ancien, du copte et des langues négro-africaines modernes - Introduction à la linguistique historique, reprend de manière exhaustive la démonstration de la parenté génétique entre l'égyptien ancien, le copte et les langues négro-africaines contemporaines, en appliquant la méthode de la linguistique historique comparative, inaugurée par Ferdinand de Saussure. La linguistique historique comparative a déjà fait ses preuves pour l'étude de la parenté des langues indo-européennes, par exemple. Théophile Obenga établit en particulier les lois de correspondances phonétiques ("sound laws") entre les langues africaines modernes, le copte et l'égyptien pharaonique. Il reconstruit, pour la première fois, leur ancêtre commun, qu'il dénomme le négro-égyptien :

 

"L'égyptien ancien, pharaonique, le copte, les langues négro-africaines modernes reposent sur un idiome commun dont on vient précisément de voir les principales caractéristiques phonologiques, phonétiques, morphologiques, grammaticales, sémantiques et lexicologiques.

 

"Cet idiome commun, pré-dialectal, nous l'appelons, faute de mieux : le négro-égyptien, du fait qu'il englobe l'égyptien (pharaonique et copte) et toutes les langues négro-africaines modernes, c'est-à-dire les langues parlées aujourd'hui par les Noirs d'Afrique, mais de tout temps, depuis toujours. Cet idiome commun est supposé par les nombreuses et pertinentes concordances observées entre les langues attestées, ici comparées.

 

"Une telle unité linguistique, de nature génétique, indique à son tour une profonde unité culturelle, historique, nationale des peuples dont les langues sont justement étudiées, ici dans une perspective temporelle. Il y a eu par conséquent une "nation négro-égyptienne", c'est-à-dire, plus simplement, un territoire commun aux langues apparentées : la méthodologie exige une telle supposition. Le lieu a dé être la Vallée du Nil depuis la région de Grands Lacs africains (cette région est aussi, actuellement, le berceau de l'humanité) et le temps vraisemblablement 10000-8000 avant notre ère ..."

 

Il s'agit d'un résultat majeur, capital de la recherche linguistique et égyptologique africaine.

 

Théophile Obenga indique les raisons idéologiques qui ont conduit à introduire une famille linguistique imaginaire le "chamito-sémitique" ou "afro-asiatique" qui est censée regrouper les langues sémitiques (accadien, ugaritique, phénicien, hébreu, arabe, sud-arabique), l'égyptien (ancien égyptien, copte), le berbère (siwa, mzab, tuareg, kabyle, rifain), les langues couchitiques (sidamo, gedeo, burji, galla, beja, etc.) et les langues tchadiques (hausa, mada, zelgwa), non fondée scientifiquement car elle n'a jamais été reconstruite par la méthode de la linguistique historique :

"... Le "chamito-sémitique" ou l'"afro-asiatique" n'existe pas dans la matérialité des faits linguistiques. Cette famille qui n'a jamais été reconstruite a été inventée de toutes pièces pour couper la Vallée du Nil égypto-nubienne du reste de l'Afrique noire au plan culturel. La recherche authentique africaine doit donc détruire définitivement le mythe "chamito-sémitique" ou "afro-asiatique". Il y a ceux qui font semblant, comme si le Colloque international du Caire (1974) n'avait jamais eu lieu. Ce colloque organisé par l'UNESCO avait rejeté l'idée du "chamito-sémitique" ou de l'"afro-asiatique" qui n'a aucune assise linguistique probante et vérifiable."

 

Théophile Obenga propose une nouvelle classification des langues africaines, alternative à celle du linguiste J. Greenberg (promoteur de l'afro-asiatique), et dans laquelle sont distinguéesÊtrois grandes familles : le négro-égyptien, le berbère, le khoisan.

 

Le négro-égyptien comprend :

 

. l'égyptien : pharaonique, copte

. le couchitique : couchitique septentrional, couchitique central, couchitique oriental, couchitique occidental, couchitique méridional

. le tchadique : tchadique occidental, kotoko, bata-margi, tchadique oriental

. le nilo-saharien : songhai, saharien, mabien, fur, chari-nil, comien

. le nigéro-kordofanien : Niger-Congo et kordofanien

 

A la IXe Semaine d'Etudes Africaines de Barcelone, organisée par le Centre d'Estudis Africans (CEA) et qui s'est tenue du 18 au 22 mars 1996 à l'Université de Barcelone, le thème retenu était : L'Egypte ancienne, une civilisation africaine. Les intervenants étaient par ordre alphabétique : A. Anselin (Martinique), J. C. Autuori (Barcelone, Espagne), M. Bilolo (Munich, Allemagne), T. Duquesne (Londres, UK), C. Ehret (Los Angeles, USA), F. Iniesta (Barcelone, Espagne), Jean Leclant (Paris, France), J. L. Le Quellec (Brenessard, France), B. Mydant-Reynes (Toulouse, France), A. Muzzolini (Toulouse, France), O. Ndigi (Lyon, France), T. Obenga (Philadelphie, USA), H. Satzinger (Vienne, Autriche).

 

La communication de Théophile Obenga a porté sur le thème "L'Afro-asiatique ou le Chamito-sémitique : mythe ou réalité linguistique ?". Les objections techniques de T. Obenga à la théorie de l'Afro-asiatique ou du Chamito-sémitique exposée par les spécialistes C. Ehret et H. Satzinger ont de nouveau mis en évidence le caractère artificiel et linguistiquement infondé de l'Afro-asiatique ou Chamito-sémitique, conduisant par la suite le professeur C. Ehret à reconsidérer sa position.

 

Gilbert Ngom a consacré une série de travaux à la même problématique, établissant les lois de correspondances phonétiques entre l'égyptien pharaonique, le copte et le duala, langue bantu parlée au Cameroun : "Rapport Egypte/Afrique noire : aspects linguistiques", "L'Egyptien et les langues bantu : le cas du duala", "Variantes graphiques hiéroglyphiques et phonétique historique de l'égyptien ancien et des langues négro-africaines modernes". L'auteur produit des parallélismes frappants tels que ceux-ci : pour signifier : "viens vers le père", l'égyptien hiéroglyphique et le duala présentent :

 

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"Dans les faits syntaxiques produits ici, les constituants des énoncés, leur distribution, les syntagmes qu'ils génèrent et leur sens respectif, dans les deux langues, concordent étroitement."

Et Gilbert Ngom de conclure :

 

"C'est la parenté génétique entre l'égyptien et le duala - langue bantu - qui explique les correspondances qui se manifestent entre les deux idiomes au niveau du vocabulaire et au niveau de la grammaire. Il s'agit là de faits indestructibles ...".

 

Aboubacry Moussa Lam, dans son livre De l'origine égyptienne des Peuls, présente un lexique égyptien ancien/pulaar couvrant plusieurs registres et illustrant la parenté étroite entre les deux langues : parties du corps, termes techniques, de déplacement et d'action, de sentiments et d'état physique, géographiques, pastoraux, religieux, de pouvoir, termes agraires, termes relatifs à la parenté, l'état social, l'habitat, la navigation, aux aliments, la médecine, le bois, au feu et à la chaleur, etc..

 

La connaissance intime qu'ont ces égyptologues africains des langues négro-africaines concourt à la production de résultats tout à fait novateurs dans le domaine de l'égyptologie, de la linguistique et plus généralement de l'histoire des civilisations.

 

 

8. Anthropologie socio-culturelle et égyptologie

Cheikh Anta Diop dans ses ouvrages, rappelons-le, a étudié les traits fondamentaux de la culture négro-égyptienne : totémisme, royauté, cosmogonie, organisation sociale, matriarcat.

La parenté culturelle et sociale profonde existant entre l'Egypte et l'Afrique subsaharienne s'est enrichie ces dernières années de nouveaux travaux, parmi lesquels on peut citer à titre d'illustration ceux portant sur :

 

- la culture matérielle étudiée par Aboubacry Moussa Lam, par exemple : le mobilier, les sceptres et les bâtons, les coiffures.

- les systèmes graphiques et d'écritures avec les études de Théophile Obenga dans son livre L'Afrique dans l'Antiquité (1973, et son article "Contribution de l'égyptologie au développement de l'histoire africaine", l'étude de Jean-Charles Coovi Gomez intitulée : "Étude comparée de l'écriture sacrée du Danxomé et des hiéroglyphes de l'ancienne Egypte".

- l'étude sociologique de la société égyptienne. Les aspects abordés par Théophile Obenga dans un article intitulé "La parenté égyptienne - Considérations sociologiques", concernent les thèmes suivants :

"composition familiale, familles et occupations professionnelles, dimension diachronique de la parenté, terminologie égyptienne de la parenté, circoncision, famille et société".

 

L'auteur précise que :

 

"Les traits significatifs du système parental pharaonique frappent par leur similitude avec la plupart des systèmes de parenté africains modernes. Il est également acquis que l'égyptien et le sémitique ne partagent ensemble aucun terme de parenté. La théorie des deux berceaux de civilisation de Cheikh Anta Diop trouve ici une démonstration anthropologique et linguistique probante".

 

L'égyptologue Mouhamadou Nissire Sarr étudie les rites funéraires en Egypte pharaonique à partir des textes hiéroglyphiques des tombeaux de l'Ancien et du Moyen Empire. Il dégage également d'importantes similitudes entre les pratiques funéraires de l'Egypte ancienne et celles de l'Afrique noire contemporaine. :

 

"En Egypte pré-dynastique comme en Afrique noire actuelle, le corps du roi défunt et des notables attachés à la cour royale, est enveloppé dans une peau de boeuf avant d'être enseveli. Ce mode d'inhumation est conforme aux représentations religieuses qu'ils se sont faites de l'animal et de ses attributs royaux. La puissance du pharaon comme celle du roi africain s'incarne dans celle du taureau. Les textes pharaoniques du Nouvel Empire identifient le pharaon au taureau (Urk. IV, 1230 : 16)"

 

 

   9. Recherches pluridisciplinaires et le continuum historico-culturel entre la  

                            vallée du Nil et les autres régions de l'Afrique noire

 

Cheikh Anta Diop explique que l'effondrement de l'Egypte pharaonique indigène consécutif au sac de Thèbes en Haute-Egypte par Assurbanipal en -661 et de la conquête Perse par Cambyse en -525, a été ressenti comme un véritable cataclysme sur l'ensemble du continent africain. En effet, des liens multiples existaient non seulement entre peuples de la vallée du Nil mais aussi avec ceux de l'intérieur du continent.

A l'image d'une Egypte ancienne coupée du reste de l'Afrique noire se substitue peu à peu, au fil des recherches, l'image d'une grande nation africaine qui entretenait des relations étroites, culturelles, commerciales, diplomatiques, etc. avec les pays de l'intérieur du continent. Babacar Sall traite sous un angle nouveau cette importante question dans l'article intitulé "Herkouf et le pays de Yam" :

 

" L'étude des relations inter-régionales en Afrique ancienne en général, entre l'Egypte pharaonique d'une part, et la moyenne vallée du Nil d'autre part, constitue un domaine fondamental de l'égyptologie. Elle permet, entre autre, de revoir la lecture hégélienne rémanente de l'isolement de l'Afrique au Sud du Sahara, "l'Afrique proprement dite’ ".

 

La photographie aérienne, elle-même révèle des voies de communication anciennes, entre les grands fleuves africains comme le Nil et le Niger.

 

Comme l'a montré Cheikh Anta Diop, la géographie des noms de personnes et des noms de lieux fournit des renseignements très précieux sur les liens existant entre les populations de la vallée du Nil et les populations installées en dehors de cette vallée sur l'ensemble du continent africain.

 

En 1984, L'UNESCO publie, dans le cadre de la rédaction de l'Histoire générale de l'Afrique, dans la collection associée, Études et Documents, tout un ouvrage consacré à cette question : Ethnonymes et toponymes africains.

 

Des éléments nouveaux sont apportés par Aboubacry Moussa Lam dans "Quelques remarques sur les noms de personnes dans l'Egypte pharaonique" ainsi que dans son livre De l'origine égyptienne des Peuls. L'auteur approfondit l'étude des relations entre l'Egypte ancienne et le reste de l'Afrique noire dans ses ouvrages Le Sahara ou la Vallée du Nil ? Aperçu sur la problématique du berceau de l'unité culturelle de l'Afrique noire et Les Chemins du Nil, paru en 1997 :

 

"Ce livre, une suite logique de De l'origine égyptienne des Peuls, focalise la problématique des relations entre l'Egypte ancienne et l'Afrique sur l'ensemble que constitue l'Afrique de l'ouest et présente dans ce domaine, des convergences capitales jusqu'ici inédites.

 

Se repose ainsi la question de l'unité culturelle négro-africaine : les multiples similitudes entre l'Egypte et l'Afrique noire s'expliquent-elles uniquement par un berceau saharien commun, disloqué avant l'éclosion de la civilisation pharaonique, et des influences tardives et indirectes du pays des pharaons sur le reste du continent ? C'est ce schéma-là qui, malgré ses insuffisances manifestes, a la préférence de bon nombre de spécialistes de disciplines et d'appartenances diverses.

 

Pourtant les traditions orales négro-africaines ignorent le Sahara et désignent avec insistance la vallée du Nil comme région d'origine de bien des populations fixées de nos jours à l'extrémité occidentale de l'Afrique. Aujourd'hui, grâce à elles, il est établi dans ce livre que Korotoumou ba (le fleuve de Korotoumou) et la "Grande Eau" des traditions mandé, ainsi que Heli et Yooyo, le pays mythique des Peuls, renvoient incontestablement à la vallée du Nil. Mais de manière encore plus éclatante, elles permettent de cerner avec précision les origines du premier grand Etat de l'Afrique de l'ouest, Ghana : celles des Soninkés, corroborées par les données de l'égyptologie et de l'archéologie ouest-africaine, permettent maintenant d'affirmer avec certitude que ce ne sont pas les néolithiques de Dhar Tichitt qui en sont les fondateurs, comme certains l'ont soutenu jusqu'ici, mais les éléments de l'une des toutes premières vagues migratoires qui fuyaient l'invasion perse de la grande métropole négro-africaine".

 

Boubacar Diop, dans sa thèse de doctorat d'Etat soutenue à Dakar en mai 2002 et en cours de publication, apporte d'autres éléments à la connaissance du passé africain en étudiant l'Afrique ancienne sous l'éclairage croisé de la géographie physique, de la cartographie, de l'écologie (faune, flore), de l'égyptologie et des sources littéraires.

 

Décrits par les témoignages des voyageurs arabes du 8ème siècle de notre ère et les relations des premiers navigateurs européens aux 15ème et 16ème siècles, portugais et hollandais surtout, les Etats africains précoloniaux font aujourd'hui l'objet d'études plus précises grâce aux fouilles archéologiques, aux datations physico-chimiques, à l'investigation génétique et l'étude de la tradition orale.

 

L'exposition et l'ouvrage Vallées du Niger, présenté en introduction par l'historien et Président du Mali Alpha Omar Konaré, offre un bilan des fouilles archéologiques menées dans les régions traversées par le fleuve Niger : Mali, Burkina-Faso, Mauritanie, Niger, Nigeria. Elles ont mis à profit la prospection par photographies aériennes.

 

L. M. Diop a recensé par exemple des renseignements précieux livrés par l'archéologie et les datations sur :

"- la cité de Djenné-Djeno (près de l'actuelle Djenné au Mali), qui date du 3e siècle BC, comme les premières agglomérations urbaines de l'Ethiopie. L'existence de Djenné-Djeno a été révélée par les fouilles de S. et R. Mc Intosh (1980) à partir de l'analyse préalable de photographies aériennes. [...], les datations effectuées pour le Mali et l'Ethiopie ont donc révélé que la cité malienne a la même ancienneté que les premières villes éthiopiennes. S. et R. Mac Intosh ont pu en outre établir que la région de Djenné est en pleine expansion depuis la fin du premier millénaire A.D et que cette expansion n'est pas due au commerce transsaharien mais bien au développement interne d'un réseau commercial de plus en plus complexe ce qui est confirmé par des fouilles menées à l'ouest du lac Debo. La naissance de l'empire de Ghana a été aussi reculée de plusieurs siècles. On la localise maintenant vers le 3e siècle A.D. (après JC.).

 

- La civilisation de Nok-Taruga sur le territoire du Nigéria, au nord de la Basse-Bénoué. Elle est caractérisée principalement par des figurines en terre cuite et la présence du fer, et dont les dates Carbone 14 s'échelonnent de -3500 à + 200,

- Les Royaumes anciens Yoruba et Ile-Ife/Bénin, dont certains sont bien antérieurs au 13ème siècle comme celui de Igbo-Ukwu qui remonte au 9ème siècle.

- Les nécropoles de Sanga et de Katoko, dans la haute vallée du Congo, (Graben de l'Upemba), qui ont été datées du 8e siècle AD environ. Les 6800 ruines d'Engarouka, à la frontière Kenya/Tanzanie, sont datées de 330 (± 90 ans) AD à 1460 (±90 ans) AD."

 

Ces recherches historiques et archéologiques consolident les études faites par Cheikh Anta Diop, en 1954 dans Nations Nègres et Culture, puis, quelques années plus tard dans l'Afrique noire précoloniale, portant sur le développement de civilisations négro-africaines post-pharaoniques et les liens historico-culturels existant entre les civilisations de la vallée du Nil et les grands Etats en Afrique subsaharienne : Ghana, Mali, Songhaï, Ile-Ife, Oyo, Bénin, ...

 

 

   10. Recherches pluridisciplinaires et apport de l'Afrique à la connaissance et

                                      la spiritualité - Antériorité et transmission des savoir

L'os d'Ishango dont l'ancienneté

remonte à 23000 ans environ

 

Cheikh Anta Diop a consacré plusieurs développements approfondis à l'histoire de la pensée humaine. Son effort d'investigation a surtout porté sur l'Antiquité égypto-nubienne, soutenant la chronologie longue de l'histoire égyptienne, dont l'écriture marque le commencement. Pour autant, il n'a pas ignoré les autres aires géo-culturelles et les autres époques sur le continent africain : en exemple ses développements sur l'astronomie Dogon, sur l'université de Tombouctou construite vers 1325 au temps des grands empires sahéliens, ou encore sur l'apport arabo-musulman à l'Europe.

Citons quelques-uns des nouveaux travaux et résultats de fouilles archéologiques s'inscrivant dans cette thématique de recherche.

 

Écriture et chrononologie historique

 

Une confirmation de l'invention autochtone de l'écriture est fournie par les résultats des fouilles menées par l'égyptologue allemand Günter Dreyer, à Abydos. Ils montrent, en effet, que l'écriture égyptienne remonte au moins à 3400 ans avant J.-C. Il s'agit aussi d'une confirmation de l'antériorité de l'écriture hiéroglyphique par rapport aux autres systèmes d'écritures connus. A l'opposé des écritures suméro-assyro-babyloniennes (les "cunéïformes", les formes-clous) qui ont disparu sans laisser de descendants, l'écriture égyptienne (hiéroglyphique, hiératique, démotique) est l'origine lointaine (entre autres alphabets) après des transformations successives (emprunts phénicien, grec, romain , etc.), de l'alphabet latin tel que nous l'employons aujourd'hui.

 

Les plus anciens hiéroglyphes connus, vers 3400 av. J.C, mis au jour lors des fouilles menées par l'égyptologue allemand Günter Dreyerà Abydos en Haute-Egypte. L'écriture égyptienne est une invention autochtone africaine et est la plus ancienne écriture connue à ce jour.

 

Il est aussi à noter que les datations par le radiocarbone d'échantillons archéologiques tendent à remettre en cause la chronologie de l'histoire égyptienne en particulier celle de la IIIème dynastie marquée par le règne du pharaon Djoser et les réalisations scientifiques et architecturales du savant divinisé Imhotep :

" ... ou alors, la chronologie de la IIIe dynastie doit être repoussée dans le passé de trois à quatre siècles, ce que d'autres résultats récents tendent à accréditer. C'est l'opinion du groupe de chercheurs  Eugen Strouhal, M. F. Gabalah, G. Bonanai, W. Woelfi, A. Nemeckova et S. Saunders qui communiquèrent leurs conclusions à Cambridge, lors du VIIe congrès international des Egyptologues, en septembre dernier".

 

Philosophie, spiritualité, religion

 

La caractérisation de l'apport philosophique, spirituel et religieux négro-africain initiée par Cheikh Anta Diop a été en particulier poursuivie par Théophile Obenga. Il systématise le travail de recherche directement à partir des textes égyptiens hiéroglyphiques eux-mêmes: traduction, translittération, commentaire sémantique, grammatical, philologique, linguistique, culturel.

Dans La Philosophie africaine de la période pharaonique  -   2780-330 avant notre ère Théophile Obenga écrit :

 

"Il y a eu une activité philosophique spécifique dans l'Egypte pharaonique. Cet effort de questionnement radical face à la réalité rugueuse dura plus de vingt cinq siècles, c'est-à-dire tout le temps et tout au long de la splendide civilisation pharaonique. [...] La Maât est de l'ordre du "comme il faut", tandis que le Noun de l'ordre de "ce à partir de quoi" est advenu le monde tel qu'il est : le cosmos immense et l'humanité de la planète Terre, la structure primordiale avec toutes ses nervures essentielles et l'invention de la connaissance de soi qui ne va pas sans celle du devoir. Telle est la couche originelle de la philosophie pharaonique - dès le rythme majeur des pyramides - où le Noun traduit une notion de matière opérante et la Maât représente en hiéroglyphe parfait, la notion élevée de perfection morale."

 

De même, Mubabinge Bilolo, dans une série d'ouvrages et d'articles, a étudié de manière très érudite la pensée égyptienne, notamment les "Cosmo-théologies philosophiques d'héliopolis et d'hermopolis". Très schématiquement rappelons qu'à la cosmogonie héliopolitaine est attachée l'Ennéade : Ra a engendré quatre couples divins Shou (l'air, l'espace) et Tefnut (l'humidité, l'eau), Geb (la terre) et Nut (le ciel, la lumière, le feu), Osiris et Isis symboles de la fécondité et qui engendrera l'humanité (Horus, le neuvième élément), Seth et Nephtys couple stérile symbole du mal. La cosmogonie hermopolitaine pose des principes opposés symbolisés par quatre couples divins, l'Ogdoade : Kouk (les ténèbres) et Kouket (la lumière), Noun (les eaux primordiales) et Nounet (matière et néant), Amon (le caché) et Amonet (le visible), Heh (l'illimité) et Hehet (le limité).

 

Les sciences

 

S'agissant des sciences il convient de mentionner d'abord l'ouvrage collectif Black in Science - ancient and modern publié en 1983 aux USA par Ivan Van Sertima, qui offre une synthèse très documentée de la contribution des Africains et Africains-Américains à la science, de la préhistoire, avec les tables numériques de l'Os d'Ishango trouvé en République du Congo et daté de 23000 ans environ, à la période contemporaine. Sont abordés les domaines de l'astronomie, l'agriculture, l'architecture, les mathématiques, la médecine, la navigation, les systèmes d'écriture, la métallurgie, la physique, l'ingénierie, la technologie.

 

Astronomie

Un site mégalithique très ancien, antérieur à celui de Stonehenge, en Angleterre, environ 4800 ans avant J.-C., a également été mis au jour en Haute-Egypte. La disposition des pierres levées sont considérées comme la preuve de l'existence d'une astronomie dès cette époque reculée.

 

Site astronomique au Soudan datant du néolithique, vers 4800 avant Jésus-Chris( (J. McKim Malville, F. Wendorf, A. A Mazar, Romuald Schild, Megaliths and Neolithic astronomy in southern Egypt, Nature, Vol 392, 2 April 1998, pp. 488-491. 

 

La thèse (PhD) de Mario Beatty The Image of Celestial Phenomena in The Book of Coming Forth By Day : An Astronomical and Philological Analysis, met en évidence les connaissances astronomiques des anciens Egyptiens jusque-là ignorées. S'appuyant sur l'étude des textes hiéroglyphiques comme Le Grand Hymne à Thoth inscrit sur la statue de Horemheb et des passages du Livre de la venue au Jour (Livre des Morts), Mario Beatty avait déjà analysé dans la revue ANKH des textes hiéroglyphiques indiquant que les :

"anciens Egyptiens semblent avoir découvert que la lune brillait non pas d'une lumière émise intrinsèquement par elle-même, mais par réflexion de la lumière provenant du soleil. Les observations astronomiques attestées par ces textes permettent d'affirmer qu'au Nouvel Empire (1600 B.C. - 1080 B.C.) les Egyptiens savaient que la lumière lunaire avait pour origine le Soleil."

 

L'article du même auteur sur la notion de sphère céleste en Egypte pharaonique, "The Celestial Sphere in Ancient Egypt", co-publié avec Allen Troy dans ANKH, est également à signaler.

 

La communication, résumée ci-après, de l'astrophysicien Jean-Paul Mbelek sur Le lever héliaque de Sirius dans l'Afrique ancienne, à la Journée ANKH'2000, a mis aussi en évidence les implications de l'observation et du suivi au cours du temps de ce phénomène astronomique, dans le domaine de l'histoire de l'astronomie, des calendriers et celui de l'égyptologie :

 

"Après avoir défini et caractérisé ce phénomène, une analyse prenant en compte le lieu géographique et les conditions d'observation est proposée. Il appara"t que les sites d'observation les plus favorables, pour la découverte, à l'Ïil nu dans la Haute Antiquité, d'un phénomène aussi fugace, se trouvent en Afrique de l'Est dans une région sub-équatoriale centrée sur la Tanzanie actuelle".

 

L'astrophysicien Jean-Marc Bonnet-Bidaud, a mené une mission scientifique chez les Dogon du Mali qui a fait l'objet d'un film "Sirius, l'étoile Dogon" réalisé par Jérôme Blumberg et d'une conférence "Astronomie chez les Dogon". Equipé d'un matériel scientifique moderne, il a pu concrètement vérifier la précision des observations du ciel faites par les Dogon et au-delà de ce constat, à la suite de Marcel Griaule, reconna"tre l'existence de l'astronomie Dogon.

 

Anne-Sophie von Bomhard, auteur de l'ouvrage Le Calendrier Egyptien, Une "oeuvre d'Eternité, préfacé par l'égyptologue Jean Yoyotte, rassemble et analyse de nombreux documents astronomiques égyptiens : tombe de Senmout, verso du Papyrus Ebers, plafond du temple de Ramsès II à Louxor, Calendrier d'Eléphantine, Table horaire décanale du sarcophage de Idy, temple de Dendérah, etc. Au cours de son étude comparée des différents calendriers égyptiens - sothiaque, solaire et lunaire, elle montre la très grande précision des observations faites par les astronomes égyptiens.

 

Dans son livre The Star of Deep Beginings - Genesis of African Science and Technology, Charles S. Finch III, offre une nouvelle synthèse portant sur la métallurgie, l'astronomie, l'architecture et la navigation. Il insiste sur la dimension cosmique de la science africaine. Charles S. Finch, médecin, avait déjà publié une série de travaux sur les connaissances anatomiques, médicales, prophylactiques, pharmaceutiques africaines non seulement chez les anciens Egyptiens mais aussi chez d'autres peuples du continent comme les Masaï ou les Banyoro d'Ouganda dont les chirurgiens pratiquaient la césarienne.

 

Mathématiques

Le livre de Théophile Obenga, La géométrie égyptienne - Contribution de l'Afrique à la Mathématique mondiale, dédié aux savants égyptiens Imhotep (Ancien Empire, vers 2780 avant notre ère), et Ahmès (vers 1650 avant notre ère) ainsi qu'au mathématicien Africain Américain Thomas Fuller (1710-1790) et aux mathématiciens africains contemporains, restitue la géométrie égyptienne directement à partir des documents : papyrus, monuments, instruments, bas-reliefs, etc. Les objets et problèmes géométriques traités sont nombreux : la ligne droite, la circonférence, les angles, le triangle, le rectangle, le losange, le carré, le trapèze, les polygones réguliers, les symétries par rapport à un point et à un axe, l'homothétie et la similitude, les aires du rectangle, du carré, du triangle, du trapèze, du cercle, l'aire d'une surface limitée par une courbe quelconque, la surface de la sphère, la trigonométrie, le parallélépipède, l'ellipse, les volumes du cylindre, de la pyramide, du tronc de cône, l'obélisque, la rampe, ... L'auteur fournit aussi l'ensemble du vocabulaire géométrique en égyptien hiéroglyphique.

 

Dans l'article paru dans la revue ANKH "Sur la mesure du cercle et de la sphère en Egypte ancienne" Pascal Kossivi Adjamagbo et Cheikh M'Backé Diop. rappellent les deux approches qui s'opposent dans l'étude des mathématiques égyptiennes :

 

"Les études consacrées aux mathématiques égyptiennes font apparaître deux approches différentes :

 

— la première, sous-jacente aux travaux de E. T. Peet, postule le caractère empirique du savoir mathématique égyptien. Ce point de vue est très souvent repris dans des ouvrages de vulgarisation d'une haute tenue : "Mais leur plus grand titre de gloire, en géométrie plane, est la possession d'une recette pour calculer la surface d'un cercle en fonction de la longueur de son diamètre" (G. Posener, sous la direction de, Dictionnaire de la civilisation égyptienne, Paris, Fernand Hazan, 1970, p. 165), "Elle ne se soucie pas de démonstrations, mais donne des "recettes" plus ou moins approximatives" (André Pichot, La naissance de la science, tome 1. Mésopotamie, Egypte, Paris, Gallimard, 1991). Cette démarche conduit à rechercher les procédures empiriques (qui s'opposeraient à une approche théorique abstraite) par lesquelles les anciens Egyptiens auraient abouti à leurs résultats.

 

— la seconde attire l'attention sur des faits qui excluent un simple empirisme, et qui expriment de manière implicite ou explicite la connaissance de propriétés mathématiques et l'existence d'une réflexion théorique sur des êtres mathématiques. C'est le cas des auteurs comme V. V. Struve en Allemagne, R. J. Gillings aux USA, C. A. Diop et T. Obenga en Afrique, S. Couchoud en France."

 

Après un rappel succinct des types de documents égyptiens disponibles relatifs à la mesure d'une grandeur, ils montrent qu'une explication du caractère exact et général peut être trouvée en examinant la notion de mesure en Egypte ancienne

 

[...], les papyrus mathématiques égyptiens, et en particulier le Papyrus Rhind, dont le titre est : "Méthode correcte d'investigation dans la nature pour conna"tre tout ce qui existe, chaque mystère, tous les secrets’ [T. Obenga, La Géométrie égyptienne, op. cit., p. 290], témoignent de cette conquête de la raison humaine : l'homme découvre qu'il peut accéder à la connaissance du réel grâce à des formules mathématiques."

*

Il est tout à fait remarquable, que depuis 1954, date de parution de Nations nègres et Culture, les découvertes archéologiques, les études égyptologiques, linguistiques, les études de biologie moléculaire et de génétique, l'étude de la culture matérielle, l'analyse de la pensée philosophique, de la tradition orale É ont régulièrement confirmé la fécondité des voies de recherches tracées par Cheikh Anta Diop. C'est dire aussi que le cadre académique traditionnel de formation et de recherche au sein duquel l'égyptologue ignore l'Afrique noire et le spécialiste de l'Afrique noire ignore l'Egypte ancienne est obsolète. Les travaux de Cheikh Anta Diop, puis ceux de ses continuateurs ont justement supprimé la frontière artificielle créée entre l'égyptologie et l'étude du passé négro-africain, et il convient de réaffirmer toute l'importance que revêt la connaissance, de l'intérieur, de l'univers négro-africain pour renouveler l'égyptologie et inversement celle que revêt la connaissance du passé égypto-nubien sous tous ses aspects pour renouveler les sciences humaines en particulier en Afrique.

 

L'ensemble des nouveaux travaux, s'ajoutant à ceux de Cheikh Anta Diop, contribuent à restituer et réévaluer l'apport de l'Afrique à la civilisation humaine et à encourager les hommes et femmes de sciences, médecins, historiens, sociologues, juristes, économistes, artistes, artisans, sportifs, architectes, philosophes, ... africains à prendre en charge cet immense patrimoine légué par les civilisations de la vallée du Nil, par celles de l'ensemble du continent. Ce travail mené avec l'École africaine d'Égyptologie aidera à l'élaboration d'un véritable corps de sciences humaines en Afrique susceptible de renouveler la recherche et l'enseignement de plusieurs disciplines sur le continent africain et aussi dans le monde.

 

Il contribuera aussi à nourrir la réflexion sur le devenir de l'humanité. En effet, la civilisation égypto-nubienne étonne, fascine par sa longévité de plus de trois mille ans, par la stabilité de ses institutions, par la rationalité de son organisation sociale, par son éthique - la Maât -, son idéal de justice, par ses systèmes philosophiques, par ses connaissances scientifiques, par sa spiritualité incarnée dans les Textes des Pyramides, l'architecture, l'art, la momification, et qui a su transcender la mort. Ce sont les fruits d'une expérience humaine multi-millénaire acquise au cours d'une longue évolution notamment le long du Nil à partir de la région des Grands Lacs africains, sous une latitude intertropicale, là où l'Homme est né.

 

 

Notes, références, bibliographie (voir ANKH n°10/11)

 

Cf. Editorial inaugural de la revue ANKH : "L'Oeuvre de Cheikh Anta Diop, un héritage vivant", ANKH, n°1, février 1992, pp. 5-26.

M. Brunet et al., Nature, n°418, p.145, 2002 ; Alain Beauvilain, Touma• - L'aventure humaine, Paris, Editions de la Table ronde, 2003.

B. Asfaw et al., Science, n° 284, p. 629, 1999.

Humanity from African Naissance to Coming Millenia - Colloquia in Human Biology and Palaeoanthropology, 28th june - 4th july 1998, Editors Philip V. Tobias, Michael A. Raath, Jacopo Moggi-Cecchi and Gerald A. Doyle, Firenze University Press (Italy), Witwatersrand University Press (South Africa), 2001 ; Berhane Asfaw, W. Henry Gilbert, Yonas Beyene, William K. Hart, Paul R. Renne, Giday Wolde Gabriel, Elisabeth S. Vrba, Tim D. White, "Remains of Homo erectus from Bouri, Middle Awash", Ethiopia, Nature, vol. 416, 21 march 2002, pp. 317-320.

Véronique Barriel, "L'origine génétique de l'homme moderne", in Dossier Pour la Science, Les origines de l'humanité, janvier 1999, pp. 92-98.

Dans le cadre de l'anthropologie physique, la formulation d'approches polygénistes et monogénistes pour expliquer l'existence des divers types humains observés, remonte au XIXème siècle. Elles sont reformulées au XXème siècle ˆ partir des données fournies par la paléontologie humaine et la génétique.

Véronique Barriel, "La génétique au service de la quête de nos origines", in Y. Coppens, P. Picq (sous la direction de), Aux origines de l'humanité, Paris, Fayard, 2001, pp. 462-509.

Véronique Barriel, "La génétique au service de la quête de nos origines", op. cit.

Cf. respectivement : "A craniological Approach of the origin of anatomically Modern homo sapiens in Africa", in The Origins of Modern Humans Ð A World Survey of the Fossil Evidence, F. H. Smith and Spencer (eds), pp. 327-410, New-York, Alan R. Liss Inc., 1984 ; "Early Homo sapiens from East and South Africa for Evolution of "Anatomically Modern Man" outside Africa", communication au séminaire d'Yves Coppens, in Année académique du Collège de France, 1988-1989, pp. 454-456) ; "L'émergence de l'Homme moderne", in Pour la Science, n° 160, février 1991, pp. 54-62 suivi d'un bref commentaire critique d'André Langaney.

G. Günter Bräuer, "L'origine africaine des hommes modernes", ANKH, n°3 juin 1994.

Günter Bräuer, "The ÔOut-of-Africa' Model and the Question of Regional Continuity", "The KNM-ER 3884 Hominid and Emergence of Modern Anatomy in Africa", Humanity from Afican Naissance to Coming Millenia - Colloquia in Human Biology and Palaeoanthropology, 28th june - 4th july 1998, Editors Philip V. Tobias, Michael A. Raath, Jacopo Moggi-Cecchi and Gerald A. Doyle, Firenze University Press (Italy), Witwatersrand University Press (South Africa), 2001.

Nature, Tim D. White, Berthane Asfaw, David DeGusta, Henry Gilbert, Gary D. Richards, Gen Suwa, F. Clark Howell, "Pleistocene Homo sapiens from Middle Awash, Ethiopia", 12 June 2003, volume 423, issue n°6941, pp. 742-747 ; voir aussi : Nature, Chris Stringer, "Out of Ethiopia", 12 June 2003, volume 423, issue n°6941, pp. 692-695 ; Nature, J. Desmond Clark et al., "Statigraphic, chronological and behavioural contexts of Pleistocene Homo sapiens from Middle Awash, Ethiopia", 12 June 2003, volume 423, issue n°6941, pp. 747-752

Proceedings of the National Academy of Sciences of the United States of America (PNAS), David Caramelli et al., "Evidence for a genetic discontinuity between Neanderthals and 24,000-year-old anatomically modern Europeans", May 27, 2003, vol. 100, n°11, pp. 6593-6597.

In Les origines de l'humanité, Dossier Pour La Science, janvier 1999, p. 83.

Pascal Picq, Les origines de l'Homme. L'Odyssée de l'espèce, Paris, Taillandier/Historia, 1999, p. 135.

Henshilwood, C.S., Sealy, J.S., Yates, R., Cruz-Uribe, K., Goldberg, P., Grine, F.E., Klein, R.G., Poggenpoel, C.A., van Niekerk, K. & Watts, I. 2001, "Blombos Cave, Southern Cape, South Africa : Preliminary Report on the 1992-1999 Excavations of the Middle Stone Age Levels", Journal of Archaeological Science, 28, 421-448 ; "Emergence of modern human behavior : Middle Age Engravings from South Africa", Michael Balter, "From a Modern Human's Brow or Doodling ?, Science, vol. 295, 11 January 2002, pp. 247-248 ; Hervé Morin, "Quand Homo sapiens jouait les artistes en Afrique du Sud", Le Monde, mercredi 16 janvier 2002, p. 24.

Richard Mankiewicz, L'histoire des mathématiques, Paris, Seuil, 2001, traduit de l'anglais par Christian Jeanmougin, p. 10.

Jean Bernard, Le sang et l'histoire, Editions Buchet/Chastel, 1983.

Véronique Barriel, "La génétique au service de la quête de nos origines", in Y. Coppens, P. Picq (sous la direction de), Aux origines de l'humanité, Paris, Fayard, 2001, pp. 462-509.

Jim Wainscoat, "Out of the garden of Eden", in Nature, Vol. 325, 1 January, 1987, p. 13.

Allan C. Wilson et al., "Mitochondrial DNA and human evolution", in Nature, Vol. 325, 1 January, 1987, pp. 31-36.

Gérard Lucotte et Jacques Ruffié, Communication au 2e Congrès international de démographie historique consacré au peuplement du monde avant 1800 intitulée "Origin of modern humans : evidence from Y-chromosom specific polymorphic DNA probe", Paris, CNRS/INED/Société de démographie historique, in Bulletin d'information des Annales de démographie historique, n° 49, juin 1987, pp. 56-57Ê; Gérard Lucotte, Introduction ˆ l'anthropologie moléculaire Ð éve était noire, Paris, Editions Lavoisier, 1990.

Luigi Luca Cavalli-Sforza, "Reconstruction of human evolution : Bringing together genetic, archaeological and linguistic data", in Proc. Natl. Acad. Sci. USA, Vol. 65, August 1988, Evolution, pp. 6002-6006 ; "Des gènes, des peuples, des langues", in Pour la Science, n° 171, janvier 1992, pp. 26-33, suivi du commentaire de Laurent Excoffier, p. 33 ; S. A. Tischkoff et. al., "Global Patterns of Linkage Disequilibrium at the CD4 Locus and Modern Human Origins", in Science, vol. 271, 8 march 1996, pp. 1380-1387 : "... This global patternof haplotype variation and linkage disequilibrium suggests a common and recent African origin for all non-African human populations." ; Reich and Goldstein., Proceedings of the National Academy of Sciences, Evolution, Vol. 95, pp. pp. 8119-8123, september 1998 : "Éour analysis, like many other genetic analyses, assigns a unique role to Africa in human evolution".

J.Y. Chu et al., Proceedings of the National Academy of Sciences, Evolution, Vol. 95, pp. 11763-11768, september 1998.

Li Jin et. Al., "African Origin of Modern Humans in East Asia : A tale of 12,000 Y Chromosomes", Science, vol. 292, 11 may 2001, pp. 1151-1152.

Véronique Barriel, "L'origine génétique de l'homme moderne", in Les origines de l'humanité, Dossier Pour La Science, janvier 1999, pp. 92-98.

Aux origines de l'humanité, Paris, Fayard, 2001.

Bryan Sykes, Les sept filles d'Eve , Paris, Albin Michel, 2001, pp. 67-68.

Cheikh Anta Diop, "Histoire primitive de l'Humanité - Evolution du monde noir", Bulletin de l'IFAN, T. XXIV, série B, n° 3-4, 1962, p. 449.

Livre II.

Physionomie. 6.

Navigation, § 2 et 3

Livre II, "La famille d'Inacus", § 3 et 4.

Les Suppliantes, vers 719 ˆ 720, vers 745.

Géographie, Livre I, chapitre 3, §10.

Histoire universelle, Livre III.

Livre VII, 1.

XXII, §8, 24

Mubabinge Bilolo, "Aristote et la mélanité des anciens Egyptiens, ANKH, n°6/7, 1997-1998, pp. 138-161.

Cf. "Editorial inaugural : L'Ïuvre de Cheikh Anta Diop, un héritage vivant", ANKH n°1, février 1992, pp. 5-26.

Cheikh Anta Diop, Antériorité des civilisations nègres. Mythe ou vérité historiqueÊ?, Paris, Présence Africaine, 1967, 1993, pp. 280-283.

Cheikh Anta Diop, "Pigmentation des anciens Egyptiens Ð Test par la mélanine", in Bulletin de l'IFAN, Tome XXXV, série B, n° 3, Dakar, 1973 ; cet article a été republié dans la revue ANKH, n°8/9, 1999-2000.

Cf. Histoire Générale de l'Afrique - Etudes et documents 1, UNESCO, Paris 1978, et Histoire Générale de l'Afrique, Tome II, Paris, Jeune Afrique/Stock/UNESCO, 1980.

Cf. "Actes du premier Colloque international d'anthropologie physique des anciens Egyptiens", in Bulletins et mémoires de la société d'anthropologie de Paris, Tome huitième, Ð XIIIe série, septembre 1981, Paris, Doin éditeurs.

Cf. Cheikh Anta Diop, Pigmentation des anciens Egyptiens Ð Test par la mélanine, in Bulletin de l'IFAN, Tome XXXV, série B, n° 3, Dakar, 1973 ; cet article a été republié dans la revue ANKH, n°8/9, 199-2000. Cheikh Anta Diop en 1973 préconise l'étude des groupes sanguins pour préciser l'appartenance ethnique des momies de l'ancienne Egypte ; le groupe sanguin B se retrouve en particulier chez les Nègres.

Jean Bernard, Le sang et l'histoire, Editions Buchet/Chastel, 1983, pp. 12-13.

Pääbo S., "Preservation of DNA in ancient Egyptian mummies", J. Archaeolo. Sci. 12, 1985, pp. 411-417 ; "Molecular cloning of ancient Egyptian mummy DNA", Nature, 314, 1985, pp. 644-645 ; "Les gènes des os", Pour la Science, n°181, mars 1991, p. 12.

In V. Davies and R. Walker, Editors, Biological Anthropology and the Study of Ancient Egypt, British Museum Press, 1993, pp. 86-90 ; Voir aussi A. Arnaiz-Villena et alii, "HLA genes in Macedonians and the sub-Saharan origin of the Greeks, Tissue Antigens 2001, 57, pp. 118-127.

Eric Crubézy, Christine Keyser, Bertrand Ludes, "Les surprises de l'ADN ancien - Une technique miracle ˆ manier avec précaution", La Recherche, Mai 2002, n° 353, pp. 44-47 ; Eric Crubézy , B. Ludes, D. Rougé, B. Midant Reynes, " Sternal perforation and bifid ribs a possible familial case 5400 years old. An example of epigenetic control of development ?, Bulle tins et Mémoires de la Société d'Anthropologie de Paris, t. 13, 2001, 1-2, pp. 5-13.

Cf. "Quand l'ADN bouscule l'histoire", Dossier in Historia, n°654, juin 2001, pp. 50-72.

Jean Bernard, Le sang et l'histoire, Editions Buchet/Chastel, 1983, p. 69 et p. 71.

Idem, p. 41.

L. M. Diop, ANKH, n°1, 1992, p. 13.

Cf. notamment la communication de A. Chaventré et al., INED.

"Le peuplement de l'Afrique : Hypothèses génétiques", in Le peuplement du Monde avant 1800, Liège, A. Fauve-Chamoux Editeurs, Ordina, 1990, p. 39.

op. cit., 1954.

Cheikh Anta Diop, "La métallurgie du fer sous l'Ancien Empire égyptien", Bulletin de l'IFAN, tome XXXV, série B, n°3, 1973, pp. 532-537.

Cheikh Anta Diop, "L'usage du fer en Afrique", Notes Africaines, n°152, octobre 1976, pp. 93-95.

L. M. Diop-Maes, Afrique noire, Démographie, sol et histoire, Paris, Khepera/Présence Africaine, 1996Ê; L. M. Diop, "L'apport des méthodes de datations physico-chimiques ˆ la connaissance du passé de l'Afrique", Ankh n°8/9, 1999-2000, pp. 144-181 ; "Bilan des datations des vestiges anciens de la sidérurgie en Afrique", in Aux origines de la métallurgie du fer en Afrique - Une ancienneté méconnue, UNESCO, 2002, pp. 189-193.

Hamady Bocoum, L'åge du Fer au Sénégal Ð Histoire et Archéologie, IFAN Ch. A. Diop/CRIAA, Dakar, Nouakchott, 2000 ; Les Routes du Fer en Afrique Ð The Iron Roads in Africa Ð Première présentation scénographique, UNESCO, Paris, 26 octobre-17 novembre 1999, cf. ANKH, n°8/9, 1999-2000, pp. 128-143.

Hamady Bocoum, L'åge du Fer au Sénégal Ð Histoire et Archéologie, op. cit. ; Aboubacry Moussa Lam, Mamadou Ibra Sy, "Le forgeron en Afrique Noire de puis l'Egypte ancienne : du héros civilisateur au paria d'aujourd'hui", Revue sénégalaise d'Histoire, Nouvelle série, n° 4-5, 1999-2000, pp. 2-25.

Diodore de Sicile, Histoire Universelle, Livre 3, p. 341, traduction de l'abbé Terrasson, Paris, 1758, cité par C. A. Diop dans Nations nègres et Culture, op. cit., 1954).

Ethiopiens au sens des Anciens Grecs c'est-ˆ-dire les Noirs Africains.

H. Hartleben, Champollion, Paris, Pygmalion, 1983, page 507.

Cheikh Anta Diop, Civilisation ou Barbarie, Paris, Présence Africaine, 1981, chapitre 4, p. 133.

Bruce Williams, "Excavations between Abu Simbel and the Sudan frontier, part I Ð The A-group royal cemetery at Qustul : Cemetery L", University of Chicago, Oriental Institute Nubian Expedition, Vol. III, Chicago, 1986. Voir aussi ANKH, n° 6/7, 1997-1998.

février-mars 1980, pp. 43-44.Ê

Edited by W. V. Davies, London, British Museum Press in association with the Egypt Exploration Society, 1991, second impression 1993, p. 4.

Edited by W. V. Davies, idem, pp. 74-91 ;

ANKH n°6/7, 1997-1998, pp. 90-119.

Par exemple : Jacques Reinold, Archéologie du Soudan Ð Les Civilisations de Nubie, Paris, Editions Errance, 2000 ; Joyce L. Haynes, Nubia - Ancient Kingdoms of Africa, Museum of fine Arts, Boston, USA, 1992.

Achéologia, n°331, février 1997, pp. 36-47.

Catalogue de l'exposition et ABCdaire, Paris, Flammarion/Institut du Monde Arabe, 1997.

Paris, Khepera/L'Harmattan, 1999.

Racines éthiopiennes de l'Egypte ancienne, op. cit., p. 397.

Hérodote, Livre II, 15.

Cheikh Anta Diop, Antériorité des civilisations nègres - mythe ou vérité historique ?, op. cit., p. 12.

Jacques Labeyrie, L'homme et le climat, Paris, Editions Deno‘l, 1985.

Cf. Jacques Labeyrie : "Les méthodes de datation développées au CEA", in Revue Générale Nucléaire, RGN, n° 6, novembre-décembre 1989, p. 446.

Fred Wendorf et al., "Use of Barley in the Egyptian Late Paleolithic", in Science, 28 September 1979, Volume 205, Number 4413, pp. 1341-1347.

Jean Vercoutter, in Le Monde, samedi 27 décembre 1980, "Le centenaire de l'école franaise du Caire", p. 19.

Cf."Les débuts du pastoralisme en Egypte", in La Recherche, n° 220, avril 1990, Volume 21, pp. 436-445.

Fred Wendorf et al., "Nabta Playa During the Early and Middle Holocene", ANKH, n° 4/5, 1995-1996, pp. 32-55.

Cf. Préface au livre de M. Cornevin, Secrets du continent noir révélés par l'archéologie, Paris, Maisonneuve et Larose, 1998, p. 10.

Jean-François Champollion, Principes généraux de l'écriture sacrée égyptienne, Paris, Institut d'Orient, 1984, p. xix).

organisé par l'UNESCO du 28 janvier-3 février 1974, voir chapitre 4 du présent ouvrage.

Théophile Obenga, L'origine commune de l'égyptien ancien, du copte et des langues négro-africaines modernes - Introduction ˆ la linguistique historique, Paris, L'Harmattan, 1993, p. 343.

Théophile Obenga, idem, p. 343.

Théophile Obenga, "Le chamito-sémitique n'existe pas", ANKH, n°1, février 1992, pp. 51-58.

Josep Cervello Autori (editor), África Antigua - El antiguo Egipto una civilizacion africana, Aula ®gyptiaca Studia, Barcelone, 2001.

in Revue Présence Africaine, 1986, n° 137-138, pp. 25-57.

in Revue Présence Africaine, 1989, n° 149-150, pp. 214-248.

in ANKH, revue d'Egyptologie et des Civilisations africaines, n°6/7, 1997-1998, pp.75-89.

in Revue Présence Africaine, 1986, n° 137-138, p. 79.

"La parenté génétique entre l'égyptien ancien et les langues négro-africaines modernes, le cas du duala", ANKH, n°2, avril 1993, pp. 29-83.

Études des chevets, thèse de 3e cycle.

ANKH, n°3, juin 1994, pp.115-131.

ANKH, n°4/5, 1995-1996, pp.122-137.

Présence Africaine, n° 94, 3e trimestre 1975, pp. 119-129.

ANKH, n°1, février 1992, pp. 59-78.

ANKH, n°4/5, 1995-1996, pp.139-183.

Funérailles et représentations dans les tombes de l'Ancien et du Moyen Empires Egyptiens - Cas de comparaison avec les civilisations actuelles de l'Afrique noire. Thèse Université de Hamburg, Hamburg, Lit Verlag, 2001, p. 145.

ANKH, n°4/5, 1995-1996, p.57.

Cf. Nations nègres et Culture, op. cit., Chapitre 6, p. 371 et "Introduction ˆ l'étude des migrations en Afrique centrale et occidentale Ð Identification du berceau nilotique du peuple sénégalais", in Bulletin de l'IFAN, Tome XXXV, série B, n° 4, Dakar, 1973, pp. 769-792.

n° 6, 1984.

A. M. Lam, in Annales de la Faculté des Lettres et Sciences Humaines, n°13, Université de Dakar, 1983, pp. 141-153.

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Co-édition Présence Africaine/Khepera, 1993.

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L. M. Diop-Maes, ANKH, n°8/9, 1999-2000, pp. 144-181.

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F. Van Noten, Histoire générale de l'Afrique, Unesco, vol.2 p.691.

Cf. Antériorité des civilisations nègres Ð mythe ou vérité historique ? (Paris, Présence Africaine, 1967, chapitre 5 "Apport de l'Egypte ˆ la civilisation", p. 97, et chapitre 11 : "Transmission des valeurs culturelles et des connaissances d'Egypte en Grèce et de la Grèce au Monde", p. 216), L'Antiquité africaine par l'image (Dakar, IFAN-NEA, 1976), Civilisation ou Barbarie ("Apport de l'Afrique ˆ l'humanité en sciences et en philosophie", p. 291, "Vocabulaire grec d'origine négro-africaine", p. 479.

Isma‘l Diadié Haïdara, L'Espagne musulmane et l'Afrique subsaharienne, Bamako, Editions Donniya, 1997, p. 118.

Günter Dreyer, "Recent Discoveries at Abydos Cemetery U", in The Nile Delta in TransitionÊ: 4th-3rd millenium B.C., Tel Aviv, E.C. M. Van Den Brink Editor, 1992, pp. 293-299Ê; V. David and R. Friedman, Egypt, Londres, British Museum Press, 1998, pp. 35-38.

Théophile Obenga, "Africa, the Cradle of Writing", ANKH, n°8/9, 1999-2000, pp. 88-95.

Brunet Albert, Actualité : "Le pied du pharaon Djéser va-t-il changer l'histoire de la IIIe dynastie", in Archéologia n°323, mai 1996, p. 5Ê; voir aussi, Herbert Haas et al., "Radiocarbon Chronology and the Historical Calendar", in Egypt, Chronologies in the Near East, Aurenche O., Evin J. and Hours F. eds. BAR International Series, 1987, pp. 585-598.

Paris, L'Harmattan, 1990, pp. 509-510.

Les cosmo-théologies philosophiques de l'Egypte antique. Problématique, Prémisses herméneutiques et Problèmes majeurs, Académie de la Pensée Africaine, Sect.I : La Pensée de l'Egypte et de la Nubie Anciennes, Vol.1, Kinshasa/ Libreville/ Münich, 1986 ; Les cosmo-théologies philosophiques d'Héliopolis et d'Hermopolis. Essai de thématisation et de systématisation, Académie de la Pensée Africaine, Sect. I : La Pensée de l’Égypte et de la Nubie Anciennes, Vol. 2, Kinshasa / Libreville/ Münich, 1986 ; Le Créateur et la Création dans la pensée memphite et amarnienne ; Académie de la Pensée Africaine, Sect.I : La Pensée de l'Egypte et de la Nubie Anciennes, Vol.3 ; Kinshasa/ Libreville/ Münich, 1988 ; Métaphysique pharaonique, IIIe millénaire av. J.C., Prolégomènes et Postulats majeurs ; Académie de la Pensée Africaine, Sect.I : La Pensée de l'Egypte et de la Nubie Anciennes, Vol.4 ; Kinshasa/ Libreville/ Münich, 1988 ; "Linéarité de l'histoire et l'idéal du progrès au cours du IIIème millénaire avant J. C. en Egypte ancienne. Introduction ˆ la philosophie pharaonique de l'histoire", ANKH, n° 4/5, 1996-1997, p. 73-91.

voir aussi : Jean-Charles Coovi Gomez dans son article "La signification du vocable AKHU en Egypte ancienne et en Afrique noire contemporaine" étudie les notions ontologiques ka, ba, akh ANKH, n°3, juin 1994, pp. 82-113.

Jésus l'Egyptien, 1. Prolégomènes, 2. Naissance divine du Pharaon et de Jésus, Summa Aegyptiaca, 1999.

New Brunswick (USA), Transaction Books, 1983 ; Ivan Van Sertima Editor, Journal of African Civilizations, Vol. 1, n°2, special issue African and African-American Science and Invention -1, november 1979

Richard Mankiewicz, L'histoire des mathématiques, Paris, Seuil, 2001, traduit de l'anglais par Christian Jeanmougin, p. 10.

J. McKim Malville, F. Wendorf, A. A Mazar, Romuald Schild, Megaliths and Neolithic astronomy in southern Egypt, Nature, Vol 392, 2 April 1998, pp. 488-491.

ANKH, n° 6/7, 1997-1998, pp. 162-177.

ANKH, n° 4/5, 1995-1996, pp. 214-221.

ANKH, n° 6/7, 1997-1998, pp. 162-177.

ANKH, n°8/9, 1999-2000, p. 239.

Periplus Publishing London Ltd, 1999.

Georgia, USA, Khenti, 1998.

Charles S. Finch, "The African Background of Medical Science", in Black in Science - ancient and modern, Editor Ivan Van Sertima, New Brunswick (USA), Transaction Books, 1983, pp. 140-156 ; voir aussi Thierry Bardinet, Les papyrus médicaux de l'Egypte pharaonique, Paris, Fayard, Collection Penser la médecine, 1995.

Paris, L'Harmattan/Khepera, 1995.

ANKH, n° 4/5, 1995-1996, pp. 222-245.

. Cf. André P. R. Pochan, Les Calendriers des Anciens Egyptiens, Montesson, Edition de Ma‰t, 1962 ; Cheikh Anta Diop, Civilisation ou Barbarie, Paris, Présence africaine, 1981 ; Théophile Obenga, La philosophie africaine de la période pharaonique, Paris, L'Harmattan, 1990.

. Cf. W. F. Petrie, Ancient Weights and Measures, Londres, 1926 ; Karl M. Petruso, "Early Weights and Weightings in Egypt and the Indus Valley", in Bulletin of the Museum of Fine Arts, 79, 1981, p. 44-51 ; Marguerite-Annie Court-Marty, "Les poids égyptiens, de précieux jalons archéologiques", in CRIPEL 12, 1990, pp. 17-55, "Les poids et la pesée dans l'Egypte ancienne", in Cahiers de Métrologie, tomes 11-12, 1993-1994, pp. 345-358.

. Cf. Cheikh Anta Diop, op. cit. ; Théophile Obenga, La Géométrie égyptienne - Contribution de l'Afrique antique ˆ la Mathématique mondiale, Paris, L'Harmattan/Khepera, 1995 ; Sylvia Couchoud, Mathématiques égyptiennes, Recherches sur les connaissances mathématiques de l'Egypte pharaonique, Paris, Editions Le Léopard d'Or, 1993.

 

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