ANKH: Egyptologie et Civilisations Africaines
 Egyptologie, histoire de l'Afrique et sciences exactes
 Egyptology, Africa History and Sciences
Recherche  
    
 
 

 

Pour une méthodologie de l'étude des migrations

des peuples en Afrique subsaharienne

 

Cheikh Anta DIOP

 

 

Article publié dans ANKH n°4/5

 

 

Texte paru sous le titre "Pour une méthodologie de l'étude des migrations" dans Histoire générale de l'Afrique : ƒtudes et Documents 6, "Ethnonymes et toponymes africains" (1978), UNESCO, 1984, pp. 97-121 et dans une première version sous le titre : Introduction à l'étude des migrations en Afrique centrale et occidentale - Identification du berceau nilotique du peuple sénégalais, in Bulletin de l'IFAN, série B, Tome XXXV, n¡ 4, 1973, pp. 769-792.

 

Abstract : To a Methodology of Studying the migrations of the Peoples of Subsaharian Africa -- This paper concerns methodology. The ethnohistorian is most of the time careful not to apply his theory to a concrete case choosen as an example of study and only put forward comments of a very general nature.

We wish to contribute in filling this deficiency by showing how, even when archaeological data and written documents are missing, one may in some privileged cases, use linguistic, ethnic (ethnonyms and toponyms) and sociopolitical facts in order to succeed in reconstructing the African past with a near certainty.

 

The point is to demonstrate that in a comparatively recent past a migration starting from the shores of Lake Albert and from the hills of Nubia (a region inhabited by the Nuer, the Shilluk, the Dinka, etc...) would have reached Senegal, slipping itself into the gully situated in between the 10th and the 20th parallel, above the Equator while another migration, starting from the same region of the great lakes would have followed the course of the river Zaïre down to its mouth spreading itself then along the coast without being able to progress along it further than Cameroon and the delta of the river Niger. The peoples of the gulf of Benin, from South Nigeria down to Southern Ivory Coast (Ibo, Yoruba, Oyo, Anyi, Baule, etc.) would belong to a migration previous to the two others and coming from the East as well. But, they must have suffered the shock of the two latest waves which must have provoked secondary movements of population, from East to West, along the Atlantic coast, as the cultural unity of this region, as well as the fact that the physical type and clan names so different from those of Sahel, in the North seem to bear witness to.

Boucliers à tête de bélier trouvés en Nigéria (a, c, d) et en Egypte (b) [C. A. DIOP, Antériorité des civilisations nègres ? Mythe ou vérité historique ?, Paris, Présence Africaine, Planche 77]

 

1. Introduction

Cet exposé se situe sur le plan méthodologique. L'ethnohistorien se garde, la plupart du temps, d'appliquer sa théorie à un cas concret pris comme exemple d'étude et se contente d'émettre des idées générales.

 

Nous voudrions contribuer à combler cette lacune en montrant comment, en l'absence de données archéologiques et de documents écrits, on peut, dans certains cas privilégiés, utiliser les faits linguistiques, ethniques ("ethnonymes" et toponymes) et sociopolitiques pour aboutir à une quasi-certitude dans la restitution du passé africain.

 

Il s'agit de démontrer qu'à une époque relativement récente une migration, partie des rives du lac Albert et des collines de Nubie (région habitée par les Nuer, Shilluk, Dinka, etc.), aurait atteint le Sénégal en se glissant dans le couloir situé entre le 10ème et le 20ème parallèle au-dessus de l'Equateur, tandis qu'une autre migration, partie de la même région des Grands lacs, aurait suivi le cours du Zaïre jusqu'à son embouchure, pour s'étaler le long de la côte, sans pouvoir longer celle-ci au-delà du Cameroun et du delta du Niger. Les peuples du golfe du Bénin, du Nigéria du Sud à la Côte d'lvoire du Sud (Ibo, Yoruba, Oyo, Ewe, Akan, Anyi, Baule, etc.), appartiendraient à une migration antérieure aux deux précédentes et venue également de l'est. Cependant, ils auraient subi le choc de ces dernières vagues, ce qui a dé provoquer des mouvements secondaires de population, d'est en ouest, le long de la côte atlantique, comme semblent en témoigner l'unité culturelle de cette région, la différence de types physiques et des noms claniques comparés à ceux du Sahel, au nord.

 

2. Faits linguistiques

Une parenté linguistique indiscutable entre deux groupes de langues éloignés dans l'espace peut être prise en considération dans l'étude des migrations.

Tableau 1. Formes comparées de l'égyptien ancien, du copte et du walaf (ou wolof, langue parlée au Sénégal) [1]

Égyptien

Copte

Walaf

kef : empoigner, prendre, dépouiller (de quelque chose)a

keh (dialecte saïdique) : dompterb

kef : saisir sa proie

Présent

Présent

Présent

kef i

kef ek   2e m

kef et   2e f

kef ef

kef es

kef n

kef ten

kef senc

keh ei

keh ek     2e m.

keh ere   2e f.

keh ef

keh es

keh en

keh eteté

key ey

kef nâ

kef nga   2e m. et f.

kef na    3e m. et f.

kef ef                impersonnel :

kef es                 on a saisi

kef nanu

kef ngen

kef na--u

 

 

 

Passé

Passé

Passé

kef ni

kef (o) nek            2e m.

kef (o) net             2e f.

kef (o) nef

kef (o) nes

kef (o) nen

kef (o) n ten

kef (o) n sen

keh nei

keh nek            2e m.

keh nere          2e f.

keh nef

keh nes

keh nen

keh netsten

key neyb

kef (on) nâ

kef (on) nga       2e m.

kef (on) na         3e m. et f.

kef (on) ef           impersonnel

kef (on) es          impersonnel

kef (on) nanu

kef (on) ngen

kef (on) na--u

a. Roger LAMBERT, Lexique hiéroglyphique, Paris, Librairie orientaliste Paul Geuthner, 1925, p. 129.

b. A. MALLON, Grammaire copte, 3e éd., Beyrouth, 1926, p. 207 et 234.

c. Dr A. de BUCK, Grammaire élémentaire du moyen égyptien, trad. WALLE et VERGOTE, Leyde, 1952.

Une parenté grammaticale, disons génétique, si elle est patente, n'est jamais fortuite. Dans cet ordre d'idée, le tableau I des formes verbales comparées de l'égyptien ancien, du copte et du walaf [2], langue du groupe sénégalais de l'Ouest africain, nous oblige à admettre des contacts culturels, dont la nature reste à déterminer, entre la vallée du Nil et l'Ouest atlantique de l'Afrique. On remarquera la même conjugaison suffixale, le même morphème (n) du passé à la même place dans les trois langues, les mêmes pronoms suffixés à la troisième personne du singulier dans les trois cas, ce qui ne peut être le fruit du hasard, car il s'agit de correspondances particulières, etc.

Le walaf ayant perdu le féminin désinentiel en t., les démonstratifs féminins égyptiens commençant par t deviennent tous, sans exception, des adverbes de lieu ayant conservé cependant tous les autres phonèmes hérités de leurs anciennes fonctions (wy. n. l), ce qui permet d'identifier leur origine.

 

Tableau 2. Pronoms et adjectifs démonstratifs en égyptien et en walaf [3]

Égyptien ancien

(masculin singulier)

Walaf

(singulier tous genres)

pw (ipw) : ce

pwy (ipwy) : ce (détermin. précisé)

pn (ipn) : celui-ci

 

pf (ipf) : celui-là

pfa (ipfa) : celui-là

pfy

pa (ipa) : ce 

bw : ce

bwy : celui-ci qui est

bane : celui-là ; ne, ni, na : là-bas

bale : celui-là ; le, li, la : ceci, cela

bafe : celui-là ; fe : là, là-bas

bafa : celui-là ; : là-bas

bafi : celui-ci ; fi : ici

: celui-là 

 

Égyptien ancien

(masculin singulier)

Walaf

(singulier tous genres)

tw : celle

twy : celle (détermin. précisé)

tn : celle-ci

tf : celle-là

ta : celle-là

a : cette

tw : là

twy : là, où

tane, tale : là-bas

tafe : là, là-bas

tafa : là-bas

ta : là-bas

 

Tableau 3. Démonstratifs neutres singuliers

Égyptien ancien

Walaf

nu : ce, cette

nn : celui-ci, celle-ci, ceci

nf : celui-là, cela, celle-là

nf3 : celui-là, celle-là, cela

n3 : ce, celle

nu : comme ceci, ce, cette ; lu : ce, cette

nane, nale, lale : ce, celle, celui-là, ce, là

nafe, nafale, lafe, lafale : celui-là, cela

nafa, lafa : celui-là, cela

na : ce, celle, ce ... là

 

Le véritable pluriel des démonstratifs est tombé en désuétude en moyen égyptien et est remplacé par le neutre du pronom démonstratif, suivi, sous forme de génitif, d'un mot qui peut se mettre aussi bien au singulier qu'au pluriel, par exemple nn n(j) st, "cela de femme(s), ces femmes".

Les formes du pluriel ci-dessous sont ainsi construites :

 

Tableau 4. Formes du pluriel

Égyptien ancien

(pluriel commun)

Walaf

nw (+ n) : ceux

un (+ n) : ceux

nf (+ n) : ceux

nfa (+ n) : ceux

na (+ n) : ceux

--w ne : ceux-là ; --w : ceux

--anene, nanale, nane, nale

--afe, --afale

--afa

--ana : ceux-là ; --a, nale : ceux-là

 

Mais la correspondance la plus typique et la plus inattendue est celle des démonstratifs du pluriel ancien féminin. Ils dérivent respectivement de pw, pn, pf.

 

Tableau 5. Correspondance des démonstratifs du pluriel ancien féminin

Égyptien ancien

(pluriel ancien féminin)

Walaf

 

iptwt : celles-ci

iptw : ces

iptn : celles-ci...

iptf : celles-ci

batota

batw : celui-ci

batne, batale : celui-là

batafe : celui-là, là-bas

 

Ces formes walaf sont devenues des démonstratifs au masculin singulier. Pour le pluriel, le walaf a adopté la forme récente de l'ancien égyptien --w avec palatalisation de la nasale initiale égyptienne.

 

L'explication phonétique du passage des formes égyptiennes aux formes walaf est simple : la forme pw --> ipw montre comment l'occlusive bilabiale sourd /p/ de l'égyptien s'est sonorisée en position intervocalique pour devenir /b/ en walaf.

 

D'autre part, la loi de correspondance phonétique que nous avons établie fait correspondre n égyptien à l walaf ; ainsi, au démonstratif égyptien pn correspondent deux démonstratifs walaf synonymes qui coexistent dans la langue : pn --> bane --> bale (n --> l) ; on remarquera que cette mutation consonantique n'est pas encore achevée en walaf. Du reste, I'égyptien ne possédait pas de signe spécial pour rendre la liquide l : il y suppléait en se servant de r et plus rarement de n.

 

3. Définition des langues à classes africaines

 

Les langues africaines qui possèdent un nombre variable de consonnes pouvant se substituer chacune au p du démonstratif égyptien pw sans modification de sens sont appelées des langues à classes. Nous avons montré que les classes nominales étaient déjà en germe dans l'égyptien ancien (voir Parenté génétique de l'égyptien pharaonique et des langues négro-africaines, op. cit., p. 3 et suiv., p. 385-387).

 

Des correspondances phonétiques régulières, comme celles qui sont mentionnées ci-dessous, viennent appuyer l'idée d'une parenté généalogique :

 

Tableau 6. Exemple de régularité des correspondances phonétiques

(n) -------------------> initiale en égyptien ----------->

---------------------> (l)  en walaf

Égyptien ancien

(pluriel ancien féminin)

Walaf

nad : demander

nah : protéger

nebt : tresse

tef-net (mot composé) : l'être qui a été craché

(la déesse sortie de la salive du dieu Ra)

lad : demander

lah : protéger

let : tresse

tef-nit : cracher un être humain

tef-lit = tefli : crachats.

 

Ces lois de correspondances phonétiques sont présentées d'une façon plus systématique dans Parenté génétique de l'égyptien pharaonique et des langues négro-africaines (op. cit., p. 71 à 84). L'évidence des faits linguistiques légitime la poursuite de la démonstration.

 

D'autre part, plusieurs langues de l'Ouest africain, telles que le walaf, le joola, le seereer, etc. (Sénégal), sont des langues à classes comme les langues bantu, ce qui semble attester une migration.

 

 

4. Faits ethniques : Toponymes et ethnonymes

 

On sait qu'en Afrique noire le nom clanique est encore, dans une large mesure, un indice ethnique.

 

La figure 1 donne une vue synoptique des noms claniques communs au peuple sénégalais et aux ethnies d'autres régions de l'Afrique : Haut-Nil, Tchad, Zare, Cameroun, Congo, etc.

 

Il est remarquable que les noms ethniques sénégalais se trouvent fortement concentrés dans une région très limitée, comme les collines de Nubie et les rives du lac Albert, chez les Nuer, les Kaw, les Nyaro, les Dinka (dont le vrai nom est Jeng) [4] et les Shilluk, région à cheval sur l'Ouganda, le sud du Soudan et le Kenya. Toro et Nyoro sont à la fois des ethnonymes et des toponymes en Ouganda et au Sénégal ; on trouve en Ouganda, sur les rives du lac Albert et au sud-ouest de celui-ci, les anciens royaumes du Nioro ou Bu-Nioro et du Toro, deux termes qui désignent également des tribus habitant les mêmes régions susmentionnées.

 

ll existe en Afrique de l'Ouest le Nioro du Macina au Mali, entre le Haut-Sénégal et le Niger, le Toro ou Fuuta Toro, région abitée par les Fulbe et les Tukuloor sur le fleuve Sénégal, enfin le Nioro du Rip dans le sud-est du Sénégal.

 

Dans l'Antiquité, les anciens Egyptiens appelaient Kaw Kaw les habitants des hauts plateaux qui bordaient la vallée du Nil en Haute-Egypte -- kaw égale haut, hauteur, partie supérieure, dessus, en égyptien ancien.

 

Aujourd'hui, dans les collines de Nubie, on trouve la tribu des Kaw Kaw, habitant une région du même nom formée de collines. TUCKER a étudié la langue de cette tribu, en voie de disparition (il en resterait mille deux cents individus) et a conclu à une parenté étroite avec l'ancien égyptien [5]. La notation IKa, utilisée par cet auteur pour désigner la même tribu, montre combien il est urgent de procéder à une standardisation de l'orthographe des noms en anthropologie africaine.

 

D'après le Tarikh es-Soudan [6], la cité médiévale de Gao, sur la boucle du Niger, s'appelait en réalité Kaw Kaw -> Kaw Kaw (Kao Kao) -> Gao Gao -> Kawga (Kaoga). ES-SÂ'DI essaie en vain d'expliquer l'origine de ce nom à partir d'une étymologie populaire assimilant la sonorité du mot au son du tam-tam royal.

 

Les habitants actuels du Kayor (on aurait dé écrire Kajor) et du Baol au Sénégal (intérieur du pays par opposition à la côte) sont appelés kaw kaw, avec la même acception que le terme égyptien correspondant. Kaw kaw signifie "habitant des hauteurs" en walaf. Kaw veut dire "haut", "dessus", "parties supérieures", etc. (Sens identique à celui de l'égyptien ancien). Kawga, c'est le "pays des kaw kaw", la région élevée, en walaf. Or, la région ainsi désignée est une plaine. Il semble donc que les kaw kaw du Sénégal aient conservé le toponyme de leur berceau nilotique ; à l'appui de cette hypothèse, rappelons que les Egyptiens anciens appelaient lebu les riverains de la Cyrénaïque actuelle, à l'ouest du delta du Nil. A partir de la XIXe dynastie égyptienne, sous Merneptah et Ramsès III (-1200), lors de l'invasion des peuples de la mer, les peuplades indo-européennes vaincues par l'Egypte furent rejetées à l'ouest du delta et, dès lors, des Lebu blancs, les tamhu, vinrent cohabiter avec des Lebu noirs, les premiers occupants de la région que nous appelons aujourd'hui la Libye : ces premiers Blancs sont les proto-Berbères ; ils n'ont aucun rapport démontrable avec la race préhistorique des Ibéro-Maurusiens.

 

En résumé, les Egyptiens appelaient lebu les riverains noirs et blancs de la Méditerranée à l'ouest du delta, et kaw kaw les habitants des hauts plateaux qui bordent le Nil. Ces deux termes trouvent leur réplique dans la réalité ethnologique sénégalaise d'aujourd'hui ; les riverains de la presqu'"le du Cap-Vert (Dakar) se nomment Lebu et possèdent au surplus, dans leur langue, l'expression fossile suivante qu'ils ne s'expliquent plus : "Lebu xonx bop", Lebu à tête rouge, Lebu blanc, et qui attesterait encore la cohabitation ancienne avec une race leucoderme.

 

Il est probable que les Lebu, à leur tour, soient descendus d'abord du nord au sud avant de bifurquer vers l'ouest jusqu'à l'Atlantique.

 

Au Sénégal, le terme kaw kaw s'applique en principe à tous les habitants de l'hinterland, loin du rivage maritime. Les kaw kaw qui habitent la région du Kayor sont concurremment appelés ai jor, d'où ajor -- les jor --, et jorjor, ce dernier nom étant plus particulièrement utilisé par les Lebu riverains pour désigner les habitants de l'intérieur. Or, on trouve chez les Nuer et les Dinka (les Jeng) la tribu des Jor (Jour). Mais, d'autre part, le Tarikh es-Soudan relate l'existence de la tribu berbère des Adjor [7]. Les faits anthropologiques amènent à ne voir là qu'une coïncidence pure ; la comparaison des langues walaf et berbère, à laquelle nous avons procédé, ne révèle aucune parenté génétique.

 

Il est remarquable de trouver chez les Nuer, les Jeng (ou Dinka), les Shilluk, les Kaw Kaw, les Nyoro, les Nyaro et les Toro du Haut-Nil les noms typiques des ethnies sénégalaises du Nord : Walaf, Fulbe, Tukuloor, Seereer. En voici des exemples :

 

Tableau 7. Noms propres aux ethnies du Haut-Nil et à celles du Nord sénégalais

HAUT-NIL

SENEGAL

Nuera

Kaw (Kao), IKa

Bari

Jallo (Jallogh)

Ndorobo

Pelel

Fulbe

Ka

Bari

Jallo

Torobe

Pelel

Nuer

Kan

Wan

Si (Ci)

Lith

Cam

Malwal

 

Tukuloor

Kan

Wan

Si

Li

Cam (Thiam)

Malaw (prénom laobe)

 

Nuer

Jeng (c'est-à-dire Dinka et "tribus" apparentées)

Duai

Cop (Tiop)

Duob

Nyang

Yan

Lam

Gik

Puok

Tai Tai

Nyanyali

Mar

Lou

Leau

Gom

Deng

Jeng (Dieng)

Gak

Gai

Bath

Banyge

Garang

Lat (Lath)r

Latjor (Lathjor)

Cep (Tiep)

Tul

Kombolle

Put

Dar

Dar Tut

Cieng Nyagen (village des Nyang

Cieng, village en nuer)

Jokany

Gaajok

Jallo

Jak

Kong

Jung

Cam

Badeng

Cek (Thiec)

Pot )

Jany

Ngunzok

Jal

Nueny (nom de village)

 

Yang

Juan ou Jekan

Bul

Dhong

Bor

Tut Nyang

Nyajang

Dhor Jeng (de Jeng)

 

Kai

Lith

Malwal

Pelel

Gai

Wol

Lak

Gaanwar

Jikul

Wel

Cor (Thior)

Jer

Jman

Jmem

Kan

Thon

Nyasa (lac, toponyme d'Afrique

australe)

Walaf

Jeng                                             

Njay

Jop

Jop

Nyang

Yan

Lam

Ngik

Puok

Tai Tai

Nyangyali

Mar

Lo

Lo

Ngom

Jeng (Dieng)

Jeng (Dieng)

Gak

Gai

Bas

Mbanyge (prénom)

Garang (prénom walaf)

Latir

Latjor --> Lat(ir)jor

Cep (village ancien)

Tul (ville)

Xombolle (ville)

Put (ville)

Dar Ndar (ville)

Ndar Tut (toponyme)

Nyangen (village des Nyang)

 

Joxane

Gaajo

Jallo

Jak

Kong

Jong

Cam (Thiam) ?

Bajan (Badiane) ?

Sek (Seck) ?

Pot (prénom lebu)

Jane

Ngunj

Jal

Nyani (toponyme du

Haut-Sénégal-Niger)

Yan

Jan (Diagne)

Mbul (nom de ville historique)

Ndong

Mbor

Nyang

Nyanang (toponyme)

Jeng (vrai nom des Dinka), Jor Jeng

(nom propre féminin)

Gai

Lis

Malaw

Pël ?

Gai

Wole (nom nigérian)

Lak

Gelwar ? (n --> l)

Jokul, Jigal

Wele

Jor (prénom féminin)

Jeri

Jim (prénom masculin)

Jim (prénom masculin)

Kan

Con (Thione)

Nyas ?

 

a. Aux graphies anciennes et arbitraires (Barry, Dia, Diallo, Sow, Sy, Thiam...), nous avons généralement substitué des formes rationnelles, plus fidèles aux noms transcrits (même si elles ne sont pas toujours définitives), et souvent plus économiques (Bari, Ja, Jallo, Si, So, Cam...), qui favorisent les rapprochements logiques. Nous avons parfois mis entre parenthèses les graphies courantes.

 

ZAïRE DU SUD

SÉNEGAL

Balla

Ja

Pende

Mbeng

Ngoma

Ngom

Bemba

Ngumbu

Chila

Salla

Lua

Suku

Bas

Chil

Hog

Mbakke

Balla Balla (prénom masculin)

Ja Ja

Pende

Mbeng

Ngoma

Ngom

Bamba (prénom masculin)

Ngumb

Silla

Salla

Lo

Sugu

Bas

Sil (Syll)

Sog

Mbakke

 

ZAïRE DU NORD

SÉNEGAL

Yela Yela

Mbakka-Waka

Basa

Ba

Mbo

Ngomo

Maka

Ngundi

Rama

Ndumbe

Ndumbe

Kande

Ngumba N

Bamba

Benga

Yela Yela

Mbakke-Wake (M'Backé-Waké)

Basa

Ba

Mbo (M'Bow)

Ngom

Maka (nom de ville et de personne)

Ngunj

Rama (prénom féminin)

Mandumbe (prénom masculin)

Ndumbe (prénom féminin)

Kande

Ngumba (nom de ville)

Bamba

Mbeng

 

SOUDAN ORIENTAL

SÉNÉGAL

Wadda

 

Gabu

Mbai

Ndam

 

Buso

Girmi

 

Banda

Gulai

Wadd

Wadda (prénom masculin)

Ngabu (nom de village du Baol)

Mbai

Ndam (nom de village, en souvenir

du nom clanique)

Buso

Gërmi (noble, membre de la dynastie

régnante)

Banda (prénom masculin)

Gulai (prénom masculin)

 

TCHAD

SÉNEGAL

Sara

Mbai

Lai

Ndam

Kaba

Bua

Babuas

Mbakka-Waka

Bwaka-Mbaka

 

Mbai

Lai

Ndam

Kaba

Ba

Baba

Mbakke-Wakke

Mbakke-Wakke

 

AFRIQUE DU NORD-EST

SÉNEGAL

Sungor (au Sennar)

Siin (plaine du Sennar)

Singor-Sidar (seereer)*

Siin (nom d'une région marécageuse

et fertile du Sénégal)

* L'étymologie populaire propose senhor, monsieur, en portugais, Sin, en égyptien ancien, c'est la boue, la terre boueuse.

 

SOUDAN CENTRAL

SÉNEGAL

Keba

Mandara

Falli

Mbum

Kare

Kano (nom de ville)

Dukon

Jeng

Keba

Mangara

Fal

Mbub

Kare

Kan (Kane)

Juk

Jeng

 

TCHAD

SÉNEGAL

So (peuple légendaire des Sao)

So (Laobe)

 

CôTE D'IVOIRE (NORD)

SÉNEGAL

Lo

Lo

 

SIERRA LEONE

SÉNEGAL

Mende

Capi (Tyapi)

Tend

Kombolle

Ballo

Koli

Mendi

Capi (toponyme)

Tend

Xombolle (toponyme sénégalais)

Balla (prénom)

Koli (prénom)

 

NOMS NUBA TULLUSHI

SÉNEGAL

Tullusi

Kare

Kawe

 

Kaselo

Tul (nom de village)

Kare

Ka

Kaw Kaw (Kao Kao)

Kase

 

On remarquera que les Ndam, les Mbakke et les Buso viendraient en groupe d'une même région, ce qui rend plausible la parenté ancestrale dont ils se réclament au Sénégal.

 

Noms claniques des Fungur, "tribu" voisine des Kaw et des Nyaro, dans les collines de Nubie. Ces derniers ne sont plus qu'au nombre de deux mille individus.

 

Quand les études comparatives seront bien avancées, on pourra tenter d'étudier les lois de variation des ethnonymes d'une langue à l'autre à partir des correspondances phonétiques (comme dans Peter --> Pierre).

 

Exemples :

 

Ogot (Kenya) --> Ogo (Sénégal) -> Obote (Ouganda) ?

Boyt (Kenya) --> Boy (Sénégal)

Kiporo (Kenya) --> Kipré (Côte d'lvoire) -> Kheper (égyptien ancien)

Mati (Sénégal) --> Maat (ancienne Egypte)

Aatu (Sénégal) --> Atum (ancienne Egypte).

 

 

5. Importance de l'analyse des expressions fossiles dans une langue donnée

 

A l'expression "Lebu à tête rouge" -- Lebu blanc --, déjà analysée en walaf, s'ajoutent